«Le Mur», documentaire sur l’autisme, interdit par la justice

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 26/01/2012 à 19H12
L'affiche du "Mur"

L'affiche du "Mur"

© DR

Suite à une plainte de trois psychanalystes interrogés dans le document, le film controversé de Sophie Robert a été interdit en l'état, la justice réclamant le retrait d’extraits dans lesquels ils apparaissent.

«Le Mur» entend prouver «l'absurdité» de l'approche de l’autisme par la psychanalyse. Il défend au contraire des méthodes dites comportementalistes.

Lors de l’audience du 8 décembre, l'avocat des plaignants, Me Christian Charrière-Bournazel, avait dénoncé «une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse", dans une salle pleine à craquer de parents d'enfants autistes, venus soutenir la documentariste Sophie Robert.

Des propos «dénaturés», selon les plaignants
Jeudi, le tribunal de Lille a «constaté que les extraits d'interviews» des psychanalystes de renom «Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens (...) portent atteinte à leur image et à leur réputation en ce que le sens de leur propos est dénaturé». En conséquence, les extraits incriminés «doivent être supprimés».

Selon l'avocat de la documentariste Sophie Robert, Me Benoît Titran, une telle mesure équivaut à ce que «le film soit interdit en l'état». Du coup, «il n'y a plus de film», a-t-il souligné. La décision, qui prend effet immédiat, aura pour conséquence que "Le Mur" soit retiré d'internet (il y est présenté sur le site de l'association Autistes sans frontières notamment) tant qu'il n'aura pas été remanié. Avec une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Le tribunal a noté que certains des extraits des entretiens avec les psychanalystes étaient parfois précédés, dans le montage final, de questions différentes de celles posées lors de l'enregistrement. Selon lui, certains extraits brefs ne rendent pas compte de la complexité du point de vue du psychanalyste interrogé. Les coupures du montage peuvent aboutir à rendre contradictoires certains extraits avec des opinions détaillées plus tôt dans l'interview.

«Michael Moore serait interdit en France !», déplore la défense
«A ce prix-là, n'importe quel documentaire monté peut être interdit. Le documentariste n'a plus le droit de porter un regard dans son montage», a commenté Me Titran, qui devait faire appel. «Le travail de montage est mis en cause. Avec une telle jurisprudence, Michael Moore (réalisateur américain de documentaires très engagés, ndlr) est interdit de film en France !»

Par ailleurs, la réalisatrice et sa société de production ont été condamnées à payer aux trois plaignants 19.000 euros de dommages et intérêts «en réparation du préjudice résultant de l'atteinte portée à leur image et à leur réputation», selon le jugement. S'y ajoutent 9000 euros pour la publication du dispositif de la décision dans trois revues choisies par les plaignants, et 6000 euros pour les frais de justice. «Cela fait peser un danger économique réel sur la société de production et la réalisatrice», a souligné Me Benoît Titran.

Autisme : deux thèses s'opposent
Dans le documentaire, des psychanalystes attribuent une origine psychique à l'autisme, qui pourrait être la conséquence d'une dépression maternelle ou d'un refus de l'apport masculin pour la conception. Certains parlent de mère «psychogène", de «stade de folie transitoire» de la mère, voire de «désir incestueux».

Le film de Sophie Robert oppose cette vision à des méthodes comportementales appliquées par certaines familles, basées sur des recherches qui estiment que l'autisme est d'origine génétique. Par conséquent, il «participe au débat public» sur le sujet, avait plaidé le 8 décembre Me Titran, l'avocat de la réalisatrice.

«La médecine officielle envoie les familles vers des psychiatres qui sont très souvent des analystes», avait expliqué de son côté Arnaud Ribert, porte-parole d'un collectif d'associations, qui demandait alors que le documentaire «soit largement diffusé pour que les parents puissent avoir le libre choix de la prise en charge de leur enfant».

Toujours lors de l'audience de décembre, la psychanalyste Esthela Solano-Suarez avait reproché au film de tenter de montrer que les traitements psychanalytiques de l'autisme étaient «passéistes et que (les praticiens) culpabilisaient les parents».