Asghar Farhadi, oscarisé en 2012, ambassadeur de la culture iranienne en Amérique

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/11/2016 à 13H02, publié le 27/11/2016 à 12H56
Asghar Farhadi en septembre 2016 au Variety Studio dans le cadre du Festival de Toronto. 

Asghar Farhadi en septembre 2016 au Variety Studio dans le cadre du Festival de Toronto. 

© Quance/Variety/Shutters/SIPA

Le cinéma iranien est acclamé dans le monde entier depuis des décennies mais Asghar Farhadi lui a donné un rayonnement inégalé en lui offrant son premier Oscar en 2012, avec son film "Une Séparation". Il est de retour à Hollywood avec "Le Client", choisi par l'Iran pour représenter le pays dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Le réalisateur se souvient des millions d'Iraniens qui avaient veillé toute la nuit pour le voir, alors âgé de 40 ans, recevoir la statuette du meilleur film étranger, et de l'immense foule qui l'avait accueilli en héros à l'aéroport de Téhéran.

Farhadi à nouveau dans le rôle de l'intermédiaire entre les deux pays 

Cette reconnaissance avait dopé le moral de beaucoup d'Iraniens qui subissaient l'effet des sanctions internationales imposées au pays en raison de son programme nucléaire controversé. "C'était une époque où les responsables politiques en Iran comme aux Etats-Unis parlaient de guerre", rappelle Asghar Farhadi lors d'un entretien  avec l'AFP. "Ca me rendait si heureux tout d'un coup qu'on discute de culture. J'avais l'impression que les gens des deux pays communiquaient enfin plutôt que  d'entendre toujours les politiques parler", ajoute-t-il.
Asghar Farhadi, oscarisé en 2012 pour "Une séparation".

Asghar Farhadi, oscarisé en 2012 pour "Une séparation".

© AP1/WENN.COM/SIPA

Avec son nouveau film, Farhadi se retrouve à nouveau dans le rôle de  l'intermédiaire, de l'ambassadeur entre les deux pays. Tout comme "Une Séparation", "Le Client" représente Téhéran sous un jour nuancé qui va au-delà de l'imagerie du poids de la religion et de la police des moeurs, pour montrer le quotidien des gens ordinaires. Ce conte moral viscéral sur un couple marié qui se retrouve en pleine tourmente après l'agression de l'épouse dans leur maison a décroché deux des principaux prix au festival de Cannes, entre autres récompenses à travers le  monde.


Asghar Farhadi ne se sent pas investi de la mission de torpiller les fausses idées américaines sur la société iranienne, mais reconnaît que son travail est devenu un vecteur de dialogue entre les deux peuples. "Quand j'écris, je ne me dis pas que le film va être vu par un public étranger et que du coup, je devrais ajouter des choses", explique-t-il. "Je me dis que je m'adresse à tout le monde, partout, et j'écris ce que mon coeur me dicte", ajoute-t-il.

Dépeindre la vie dans sa complexité morale

Farhadi a réalisé son premier court-métrage à l'âge de 13 ans. Après un diplôme d'études théâtrales à l'université de Téhéran, il a enchaîné avec un master en direction scénique puis a commencé à travailler, réalisant des séries télévisées qu'il avait écrites et dans lesquelles il jouait également. En 2002, il a écrit et mis en scène son premier long-métrage, "Dancing in the Dust", avant un premier gros succès critique avec "La fête du feu", trois ans plus tard: le portrait d'un mariage sur fond de nouvel an perse. Le drame psychologique "A propos d'Elly", avec l'actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani, a suivi en 2009. Puis "Une Séparation" remporte l'Ours d'Or à Berlin, le César et le Golden Globe du meilleur film étranger, parmi une  brassée de récompenses.

Asghar Farhadi est notamment loué pour sa capacité à dépeindre la vie dans toute sa complexité morale, sans juger ses personnages, et en invitant le public à tirer ses propres conclusions sur la façon dont les gens ordinaires se débattent avec les épreuves de la vie. 

Le cinéaste se demande quant à lui comment le peuple américain va réagir à l'accession à la présidence de Donald Trump après une campagne à la rhétorique  acrimonieuse qui a profondément divisé le pays. "C'est ce que le peuple américain a choisi et puisque c'est une démocratie, nous devons le respecter", estime-t-il, ajoutant toutefois espérer que "la situation va évoluer en rapprochant le pays de la paix plus que de la guerre".