La restauration du "Napoléon" d'Abel Gance est lancée

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/02/2015 à 20H22, publié le 04/02/2015 à 15H11
Albert Dieudonné dans le rôle de Napoléon dans le film éponyme d'Abel Gance de 1927

Albert Dieudonné dans le rôle de Napoléon dans le film éponyme d'Abel Gance de 1927

Costa Gavras, Président de La Cinémathèque française et Francis Ford Coppola (American Zoetrope) ont annoncé officiellement, après six années de travaux préparatoires, le début de la restauration du chef-d’œuvre d’Abel Gance, Napoléon (1927), sous la direction de Georges Mourier, avec le soutien du CNC, selon un communiqué de la Cinémathèque.

"Baobab dans un jardin à la française", selon l’expression de l’historien du cinéma Philippe Esnault, "Napoléon" n’a jamais cessé de susciter à la fois passion pour sa créativité, et intérêt pour son destin exceptionnel. Acclamé lors de sa création, oublié vingt ans après, on n’en dénombre pas moins de 22 versions et de 5 restaurations argentiques au début des années 2000, situation unique dans l’histoire du cinéma.
"Napoléon" d'Abel Gance : la bande-annonce de la restauration de 2002
A sa sortie en 1927,"Napoléon" était distribué en deux versions. L'une de quatre heures fut projetée à l'Opéra de Paris, avec le procédé des tryptiques conçu par Abel Gance. Une autre mouture de neuf heures trente était diffusée à l'Apollo sans les tryptiques.

C'est à partir de cette version que Gance fixa le montage définitif de "Napoléon" estimé entre 6h30 et 6h45. Le film connut jusqu'en 1971 plusieurs remontages et différentes versions dirigées par Abel Gance. En 1949, Henri Langlois entreprend avec Marie Epstein un long travail de sauvegarde et de restauration, tentant d'obtenir une version muette la plus complète possible. Plusieurs restaurations effectuées avec les moyens et connaissances de leur époque se sont alors succédé, celles de Kevin Brownlow (1973, 1982 et 2000) ou de Bambi Ballard (1992).

Cependant, la situation du film en 2007 était devenue paradoxale et bloquée : la succession d’interventions à diverses époques relevant de différents objectifs mais aussi de différentes méthodes, avait rendu illisible l’histoire de ce film et donc impossible de déterminer quelle avait vraiment été sa version originelle. 

La Cinémathèque française, à qui le réalisateur Claude Lelouch avait offert les droits du film pour la France, décida alors la mise en chantier d’une vaste expertise sous la conduite du chercheur et réalisateur Georges Mourier. De 2008 à 2014 furent ainsi expertisées, à l’échelle nationale et internationale, plus d’un millier de boîtes (environ 100 000 mètres de pellicule !) dont 400 redécouvertes dans leur état de 1971 et qui n’avaient servi à aucune restauration précédente. 
"Napoléon" d'Abel Gance : le rêve de Napoléon (extrait
Pierre de Rosette

Aujourd’hui, après six années de travaux préparatoires, La Cinémathèque française est en mesure d’entreprendre la première restauration numérique de ce film légendaire. Les travaux seront réalisés au Laboratoire Éclair. 

De même, de 2002 à 2010, La Cinémathèque française classa l’immense fonds des archives papier de Gance qu’elle détenait dans ses collections, lui aussi inaccessible lors des restaurations précédentes. C’est dans ce fonds qu’un document capital fut retrouvé, véritable "pierre de Rosette" : la liste et l’ordre des scènes de la version Appolo, et leur métrage respectif.

L'expertise, croisée avec l’étude des archives papier, a mis en évidence l'existence jusqu'ici insoupçonnée de deux négatifs originels aux choix artistiques différents. Toutes les restaurations effectuées depuis 1949 avaient utilisé indistinctement des éléments des deux versions Opéra et Apollo, perdant ainsi le montage spécifique à chacune des versions. 

Francis Ford Coppola (American Zoetrope) et Robert A. Harris (The Film Preserve Ltd.), détenteurs des droits monde du film d’Abel Gance, se sont associés à ce projet de restauration.

En 1979, Abel Gance devait rencontrer Carmine Coppola, père de Francis et compositeur, pour créer une partition musicale destinée au film. Le 23 janvier 1981, la première représentation de Napoléon avec cette musique eut lieu au Radio City Music Hall de New York. Ce fut une date déterminante dans l’histoire du film. Francis Ford Coppola va de son côté entendre une adaptation de cette partition pour la nouvelle restauration, en vue d'une exploitation mondiale du film.