La plateforme numérique Netflix bouscule le monde du cinéma

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/06/2017 à 13H26, publié le 11/06/2017 à 13H16
Le siège social de la plateforme numérique Netflix se trouve à Los Gatos, en Californie. 

Le siège social de la plateforme numérique Netflix se trouve à Los Gatos, en Californie. 

© RYAN ANSON / AFP

Netflix est-il l'avenir du cinéma ? Des films produits par Netflix étaient en compétition officielle à Cannes, comme "Okja". Mais s'il n'était pas question de diffuser ce film en salle en France, en Corée du sud, le problème inverse se pose. La Japonaise Naomi Kawase se dit prête à travailler avec Netflix pour se libérer des sponsors qui étouffent selon elle la créativité du cinéma de son pays.

"Si une firme comme Netflix ou toute autre société de production étrangère a des moyens pour travailler avec une réalisatrice qui a acquis une réputation internationale, ce peut être une façon pour moi d'exprimer librement ce que je veux", lance Naomi Kawase. "Je ne rejetterais pas une telle occasion que je vois plutôt comme un défi à relever". La cinéaste de 48 ans, habituée du Festival de Cannes qui en fit en 1997 à 27 ans la plus jeune lauréate de la Caméra d'or, se confiait à Tokyo à son retour de la Croisette. Son dernier film, "Vers la lumière" (Hikari), de production franco-japonaise, était en lice pour la Palme d'Or. 

Polémique en Corée du Sud

La présence en compétition, pour la première fois, de deux films produits par Netflix dont "Okja" du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho avait créé la polémique à Cannes, alors que le géant américain de la vidéo en ligne a refusé de les sortir dans les salles françaises.
Polémique toujours en Corée du Sud, où le film doit être diffusé en salles. CGV, le premier exploitant cinématographique du pays, a averti qu'il ne diffuserait pas ce film très attendu à moins que Netflix ne s'engage à ne pas le mettre en ligne immédiatement pour ses abonnés. "Si Netflix veut montrer son projet en salles, il doit respecter les règles et valeurs de l'écosystème cinématographique", a déclaré un responsable de CGV.
 
En France, le streaming n'est possible que trois ans après la sortie en salles. Face à la polémique, les organisateurs du festival de Cannes ont même modifié le règlement pour 2018, imposant une sortie dans les salles françaises pour tout film concourant en compétition. Netflix est engagé dans un combat similaire contre les gros exploitants américains. En 2015, la plupart d'entre eux avaient refusé de diffuser la suite produite par la plateforme du film d'arts martiaux "Crouching Tiger, Hidden Dragon".

Netflix, pour plus de liberté artistique ? 

C'est en tout cas en écoutant des propos de Bong Joon-ho, le réalisateur de "Okja", qui s'est publiquement félicité de la liberté donnée par la jeune société américaine partie prenante à son long-métrage présenté au festival, que Naomi Kawase est venue à envisager de prendre une voie similaire. "Il dit que Netflix lui donne tout l'argent dont il a besoin et n'intervient pas", dit Naomi Kawase, connue pour ses images travaillées et son oeuvre personnelle animée par la communion avec la nature et le rapport aux autres. "Il dit que c'est un environnement formidable pour les réalisateurs et je pense qu'il a bien raison", ajoute-t-elle.
 
Selon la cinéaste, les investisseurs japonais ne prennent pas le risque d'investir dans un film basé sur un scénario original dont ils ne peuvent pas prévoir les profits. En ce sens, les cinéastes ici "ne sont pas en mesure de créer ce qu'ils veulent vraiment", d'autant que les sponsors sont, dit-elle, "obnubilés par la notoriété des acteurs: ils ne veulent que ceux qui peuvent rapporter de l'argent". "Par conséquent, nous devons chercher des financements étrangers mais alors, ces films peuvent ne pas être couronnés de succès au Japon", précise-t-elle.
Bande annonce du film Mogari no mori de Naomi Kawase

"S'il reste comme il est, tout le secteur va couler" 

Le point de vue critique de Naomi Kawase, qui a aussi été à Cannes lauréate du Grand Prix en 2007 avec "Mogari no mori" (La forêt de Mogari), rejoint celui d'autres grands du septième art japonais, comme Hirokazu Kore-eda. Le réalisateur de "Tel père, tel fils" avait dit fin 2016 "craindre que le cinéma japonais ne finisse par péricliter, à force d'être renfermé sur lui-même et de ne pas du tout se tourner vers l'étranger". "Dans un contexte où l'objectif premier est de vendre, un contenu audiovisuel ne peut pas prendre de la hauteur en tant qu'objet culturel", soulignait-t-il. "Plus de réalisateurs vont à l'avenir vouloir travailler avec Netflix ou Amazon. S'il reste comme il est, tout le secteur va couler", a-t-il conclu.