La Licra demande l'interdiction du film de Dieudonné

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 10/04/2012 à 15H54
Dieudonné à l'avant-première de son film "L'Antisémite" à Paris, le 15 janvier 2012

Dieudonné à l'avant-première de son film "L'Antisémite" à Paris, le 15 janvier 2012

© Patrick Kovarik / AFP

Dieudonné était assigné mardi en justice par la Licra, qui a demandé au tribunal de grande instance de Paris d’interdire le long-métrage réalisé par l'humoriste, « L’antisémite ». Elle estime que le film est « antisémite et négationniste »

Pour des raisons de procédure, la juge des référés Anne-Marie Sauteraud n’a pas pu donner mardi la date du délibéré. Elle la rendra publique jeudi.

Le 15 janvier, Dieudonné avait présenté « L’Antisémite » en avant-première, dans son théâtre de la Main d’Or à Paris, sur invitation. L’humoriste joue le premier rôle de son premier long-métrage.

Après des images qui tournent Auschwitz en dérision, on assiste au tournage d'un film gravitant autour d’un personnage alcoolique et violent, déguisé en  officier nazi pour un bal costumé. Le négationniste Robert Faurisson joue  pendant quelques minutes son propre rôle, la Shoah y est personnifiée en sainte.

L'affiche du film de Dieudonné, "L'Antisémite"

L'affiche du film de Dieudonné, "L'Antisémite"

© -

Le réalisateur du film dans le film est une caricature d'homosexuel dont plusieurs membres de son équipe sont des juifs  sionistes.

Le film a été tourné en neuf jours et co-produit avec l’Iran. Il n’est pas destiné à être diffusé en salles mais doit être vendu sur internet aux seuls « abonnés » aux activités de Dieudonné.

Pour la Licra, le film constitue "un trouble manifestement illicite".  L'association réclame le retrait de sa bande-annonce postée sur YouTube, ainsi que l'interdiction de diffusion du DVD, au motif que la vidéo est "antisémite  et négationniste". Elle demande également 10.000 euros de dommages et intérêts.

Un film dangereux, pour la Licra
"Le film que nous avons pu visionner est un film dangereux", a plaidé mardi l'avocat de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). Selon lui, le long-métrage  "fait l'apologie de la Shoah" et "parfois vise à la contester".

Aux yeux de Me David-Olivier Kaminski, le film de Dieudonné est "de toute évidence une manière très  singulière pour lui de reprendre son grand sacerdoce, à savoir la volonté de démontrer que ce crime contre l'humanité n'a pas eu lieu, ou tout au moins d'en minorer la réalité."

Face à lui, l’avocat de Dieudonné, Me Jacques Verdier, a défendu la « liberté d’expression » de son client et estimé que la  poursuite, trop floue et "indéterminée", était "totalement irrecevable". Il n’y a rien dans le film qui puisse « heurter ou choquer », selon lui, « ce n’est que de la pantalonnade » pour « faire rire les gens ». Il a estimé que « de la distance, 70 ans après les camps de concentration, je pense qu’on peut en avoir ».

"Je suis vraiment victime depuis de nombreuses années de cette association" (la Licra), qui "m'empêche de travailler", a déclaré l'humoriste, se disant "fatigué" de subir "ce harcèlement".

Dieudonné a été régulièrement accusé de dérapages antisémites. Aux élections européennes de 2009, il avait constitué en Ile-de-France une liste "anti-sioniste" qui avait fait polémique.