L'exposition Mômes & Cie : l'enfance dans les films à la Cinémathèque française

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 08/04/2017 à 17H30, publié le 07/04/2017 à 18H15
Catherine Demongeot dans "Zazie dans le métro" (1960) de Louis Malle

Catherine Demongeot dans "Zazie dans le métro" (1960) de Louis Malle

© Nouvelles Editions de Films

L’enfance et le cinéma ont beaucoup à voir ensemble. L’intérêt pour le 7e Art prend souvent racine dès le plus jeune âge et il tient une place centrale dans de nombreux films : ʺLe Kidʺ (1921) de Chaplin, ʺM. Le Mauditʺ (1931) de Fritz Lang, ʺLes 400 coupsʺ (1959) de François Truffaut, ʺE. T. ʺ (1982) de Steven Spielberg… L’exposition Mômes & Cie à la Cinémathèque les évoque tous.

Souvenirs, souvenirs

Mômes et Cie s’ouvre sur la belle citation de Martin Scorsese renvoyant à son premier souvenir de cinéma, où il se remémore l’entrée dans ʺun temple prometteur de mille merveillesʺ. Posez la question autour de vous, et vous vérifierez que l’on se souvient souvent de cette première fois. A ce propos, Culturebox invite ses lecteurs, via Facebook, à témoigner de cette expérience, prometteuse de nombreuses autres.

Pour Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque, le premier film dont il se souvient enfant est ʺDaisy Townʺ (1971), la première adaptation en dessin animé des aventures de Lucky Luke signée René Goscinny, Morris et Pierre Tchernia. Comme pour beaucoup d’autres, il s’agit d’un dessin animé.
"Lucky Luke : Daisy Town" : extrait (scène du saloon)
Concernant les films avec acteurs, ce sont pour lui les westerns classiques de John Ford, Raoul Walsh et consors qui passaient à la télévision en noir et blanc. Comme quoi il y a une cohérence dans ses souvenirs, s’agissant de westerns.  

Pour ma part, il s’agissait avant tout de la salle : le Palace, à Romorantin (Loir-et-Cher), très bel écrin aux fauteuils et murs rouges, avec ses appliques murales années 50, sa grande scène drapée d’un beau rideau jaune aux plissures ventilées. J’avais 6 ans. Je me souviens de mon père, mon frère, deux voisins du quartier à mes côtés, et de la place exacte que nous occupions. Le film ? ʺParis brûle-t-il ? ʺ (1966), fresque à la gloire de la Libération de Paris de René Clément, avec une incroyable affiche : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Kirk Douglas, Yves Montand, Simone Signoret, Orson Welles…
Retour sur "Paris brûle-t-il ?" (Entrée libre - France 5)
Je ne les connaissais pas encore. J’avais été plus ému par les images de reportages d’époque insérées dans le film, montrant les Parisiennes grimpées sur les chars américains descendant les Champs-Elysées, pour embrasser les libérateurs…

Vice-Versa

L’exposition Mômes & Cie est répartie en sept salles qui égrainent les émotions enfantines dans des montages d’extraits de films projetés sur grand écran et des moniteurs.

ʺJoieʺ, ʺColèreʺ, ʺLarmesʺ, ʺRiresʺ, ʺPeurʺ, ʺCourageʺ, jusqu’à ʺA vous de jouer maintenantʺ recoupent les émotions personnalisées dans le film d’animation Pixar/Disney ʺVice-versaʺ (2015). Celui-ci visualise sous forme de personnages, à l’intérieur de son cerveau, les sentiments vécus par une fillette de 11 ans.
"Vice-Versa" : la bande annonce
Le parcours de l'exposition est transversal. Un même film peut se retrouver de salle en salle, puisqu’il ne se limite pas à l’expression d’une seule émotion, mais de plusieurs. Ne dit-on pas passer du rire aux larmes, à la vision d’un film ? Aussi, le cinéma permet-il, entre-autres, à l’enfant de se reconnaitre, d’apprendre qu’il n’est pas le seul à vivre ses émotions. Il peut ainsi faire l’apprentissage de sa propre humanité, et la partager avec les autres.

A la vision des films évoqués à Mômes & Cie, l’enfant en reconnaîtra qu’il a déjà vus, et ne sera pas peu fier de cette cinéphilie embryonnaire. Il fera aussi des découvertes qui lui donneront envie d’en voir d’autre. Le plus étonnant est peut-être que la vision d’un extrait du ʺKidʺ de Chaplin provoquera chez lui la même émotion que celle d’un spectateur de1921, où d’un cinéphile aux tempes grisonnantes…
"The Kid" : extrait

Au revoir les enfants

L’exposition est tapissée de photographies, d’affiches de films, de dessins préparatoires de dessins animés de Michel Ocelot (ʺKirikouʺ) et de Disney, des "cellulos" (transparents où sont peintes les couleurs) de ʺLa Bergère et le ramoneurʺ (1952), par la suite inséré dans ʺLe Roi et l’oiseauʺ (1979) de Paul Grimault. L’on y découvre aussi la robe couleur de Lune que porte Catherine Deneuve dans ʺPeau d’âneʺ de Jacques Demy, une magnifique lanterne magique, ou le balai volant d’Harry Potter.
Robe couleur de Lune du film "Peau d'âne" de Jacques Demy (1970)

Robe couleur de Lune du film "Peau d'âne" de Jacques Demy (1970)

© Jacky Bornet
La grotte de la peur accueille le visiteur avec un impressionnant King Kong, chaque salle étant décorée en lien avec le thème traité. La salle des ʺLarmesʺ expose notamment la lettre signée collectivement par une classe de 3e ayant assisté à la projection d’ʺAu revoir les enfantsʺ de Louis Malle (1987) où s’exprime toute l’émotion et les questions que le film a suscité chez les élèves. Un document très touchant, plein d’affect sur le sujet difficile des enfants déportés, auxquels ils se sont identifiés.
King Kong à l'exposition Mômes & Cie (Cinémathèque française - 2017)

King Kong à l'exposition Mômes & Cie (Cinémathèque française - 2017)

© Jacky Bornet
On croise également les hommes enfants, comme Monsieur Hulot (Jacques Tati), Jerry Lewis ou Jim Carey. Moins la femme enfant, plus érotique, l’exposition s’adressant prioritairement aux plus jeunes.

Autour de l’exposition : Antoine, Zazie, P’tit Gibus, Elliot et les autres…

Mômes et Cie est accompagné d’un beau catalogue d’exposition, conjointement édité par La Cinémathèque Française et Actes Sud. Un ouvrage collectif, où Christophe Honoré, Michel Ocelot et Nicolas Philibert évoquent leurs premiers souvenirs des images animées, et le rapport à l’enfance qu’ils ont développé dans leurs films : ʺLes Malheurs de Sophieʺ, ʺKirikouʺ et ʺEtre et avoirʺ.
"Enfance et cinéma" : 1re de couverture

"Enfance et cinéma" : 1re de couverture

© Actes Sud
Suite à ce préambule, cinquante écrivains jeunesse, cinéastes, critiques… ont chacun choisi d’évoquer un enfant de cinéma, d’Antoine Doisnel (ʺLes 400 coupsʺ) à ʺZazie dans le métroʺ, en passant par P’tit Gibus (ʺLa Guerre des boutonsʺ), ou Elliot (ʺE. T.ʺ). Des témoignages aussi touchants que révélateurs qui évoquent la multiplicité et la richesse des personnages et mondes enfantins.
La Guerre des boutons d'Yves Robert (1962) - P'tit Gibus au centre

La Guerre des boutons d'Yves Robert (1962) - P'tit Gibus au centre

© Warner Bros
Comme d’habitude, une programmation de films recoupe le thème de l’exposition, ainsi que de nombreuses activités et ateliers, dont la diversité est consultable sur le site de la Cinémathèque.