L'Américain Charles Cohen veut ressusciter le cinéma art et essai parisien "La Pagode"

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/10/2017 à 19H29, publié le 05/10/2017 à 14H53
La salle de projection du cinéma "La Pagode". Le cinéma avait fermé ses portes en 2015, avant d'être racheté cette année par Charles Cohen. 

La salle de projection du cinéma "La Pagode". Le cinéma avait fermé ses portes en 2015, avant d'être racheté cette année par Charles Cohen. 

© HERV GYSSELS / PHOTONONSTOP

Le magnat de l'immobilier Charles Cohen veut utiliser sa fortune pour faire renaître "La Pagode". Déjà propriétaire de plusieurs salles aux Etats-Unis, le cinéphile américain, fou de cinéma français, souhaite redorer le blason de ce temple du 7e art, qui avait fermé ses portes en 2015.

"J'en ai entendu parler lors de mon précédent séjour à Paris, en mai. Ca m'a intrigué. J'en ai parlé à Cannes à mon ami, le réalisateur Abderrahmane Sissako ("Timbuktu"). Ensuite, on a négocié", se souvient l'homme d'affaires, de passage cette semaine dans la capitale. Du cinéma installé dans une pagode, classé monument historique et accueillant 100.000 spectateurs par an, il loue "l'histoire riche, l'emplacement exceptionnel et les souvenirs" qui y sont liés. 

Un temple du cinéma à Paris

Construite en 1896, l'Etoile Pagode, devenue La Pagode, était un haut lieu de la cinéphilie dans les années 1960 et projetait les oeuvres des cinéastes de la Nouvelle Vague. Connue pour sa programmation exigeante, la salle l'était aussi pour son jardin luxuriant, situé rue de Babylone, dans le très chic VIIe arrondissement de Paris. Un court-métrage documentaire avait été réalisé par Caroline Von Gimenez sur l'histoire de ce cinéma.  

Propriétaire depuis moins d'une semaine, Charles Cohen espère rouvrir la salle "d'ici trois ans" après des travaux de rénovation (encore non chiffrés), l'installation de nouveau mobilier et de deux nouveaux écrans (soit quatre au total). Il réfléchit aussi à installer un bar à vins et un lieu de petite restauration.


Dans l'Hexagone, l'Américain sait qu'il marche sur des oeufs et espère contenter tout le monde: les réalisateurs comme les cinéphiles, les Parisiens comme les habitants du quartier. "Je veux faire les choses bien", affirme le sexagénaire, qui a déjà racheté plusieurs salles de cinéma aux Etats-Unis, dont le Quad en 2014, une salle datant des années 70 dans le quartier de Greenwich Village à New York. Il a procédé à une restauration du lieu et a mis sur pied une programmation ambitieuse mêlant films d'auteur ("Visages, villages" d'Agnès Varda et JR sera bientôt à l'affiche) et rétrospectives (dont une actuellement consacrée à l'acteur Harry Dean Stanton, décédé mi-septembre).

"Je suis né cinéphile" (Charles Cohen)

Biberonné au septième art ("je suis né cinéphile", plaisante-t-il), Charles Cohen se souvient de son émotion devant "Cendrillon" à l'âge de trois ans, puis de sa rencontre avec la Nouvelle Vague et le cinéma français. Cette passion des salles obscures ne l'a jamais quitté.  Au point de devenir une de ses activités phare en plus de l'immobilier: il a constitué au fil des ans un catalogue de plus de 800 classiques (de Buster Keaton à Bunuel) et a crée en 2008 Cohen Media Group, destiné à la production et la distribution de films indépendants et d'art et d'essai outre-Atlantique. La société est numéro un de la distribution de films français aux Etats-Unis et a notamment distribué "Le client" d'Asghar Farhadi, Oscar 2017 du meilleur film étranger. 

Il a récemment acquis les droits de "L'amant double" de François Ozon, "Mon garçon" de Christian Carion ainsi que le "Rodin" de Jacques Doillon et le "Gaughin" d'Edouard Deluc, actuellement en salle. Il voit 4 à 5 films par semaine, court les festivals et estime que la Pagode est "une première étape" sur le sol français où il a d'autres projets. Une fois la célèbre salle remise sur les rails, "tout sera plus simple", prédit-il.