"Il était une fois Hollywood": un beau livre fête les 100 ans des grands studios

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 14/04/2014 à 16H20, publié le 14/04/2014 à 16H15
L'enseigne "Hollywood" surplombe la ville de Los Angeles, en Californie

L'enseigne "Hollywood" surplombe la ville de Los Angeles, en Californie

© David Jakle / Cultura Creative

Quel meilleur choix que Michel Hazanavicius, le réalisateur de "The Artist", ancré dans la légende hollywoodienne, pour préfacer "Il était une fois Hollywood" : l’histoire des grands studios américains de 1914 à la fin des années 1960 ? Des pionniers au "nouvel Hollywood", de la naissance et l’expansion hégémonique des "majors", à la fabrication du star system et son déclin : toute une histoire.

Journaliste et longtemps correspondante de Studio Magazine à Los Angeles, où elle participe à la remise des Golden Globes, Juliette Michaud signe ce beau livre très richement illustré édité à l’occasion du centenaire d’Hollywood. L’industrie cinématographique américaine était en effet jusqu’à 1914 concentré sur la côte Est, notamment New York. Jusqu’à ce que D. W. Griffith tourne quelques courts-métrages sur la côte Ouest, puis Cecil B. DeMille le premier long métrage réalisé dans ce qui va devenir un nouvel Eldorado, "The Squaw Man".
"The Squaw Man" de Cecil B. DeMille (1914), premier long métrage tourné à Hollywood

"The Squaw Man" de Cecil B. DeMille (1914), premier long métrage tourné à Hollywood

© Kobal / The Picture Desk
Pourquoi Hollywood ? Les tournages sur la côte Est pâtissaient d’une météo instable, souvent mauvaise, alors que le cinéma nécessite une forte luminosité constante. Dès les années 1910, des réalisateurs s’aventurent à tourner sur la côte Ouest, pour son soleil, mais aussi la diversité de ses paysages qui conviennent parfaitement au genre qui fait alors fureur : le western. Le nom d’Hollywood émane d’un riche propriétaire, dont l’épouse a ainsi baptisé un terrain de quelque 65 hectares où se dressent des chênes, puis des figuiers et poivriers, un verger donc. Elle s’est inspirée du nom d’une propriété que certains situent dans l’Ohio, d’autres en Irlande. Reste étonnant que ce nom "Hollywood" (bois sacré) deviendra synonyme d’usine à rêves, où naitront les stars, identifiées à des dieux ou des déesses.
Theda Bara dans "Cléopatre" (1917) de J. Gordon Edwards

Theda Bara dans "Cléopatre" (1917) de J. Gordon Edwards

© Wolf Tracer Archive / Photo12
Une multitude de petits studios s’installent, puis fusionnent, naissent et disparaissent. Rapidement, les futurs nababs de l’industrie débarquent, pour leur majorité en provenance d’Europe centrale et d’Europe de l’Est, qui subodorent les fortunes à forger en raison du succès colossal que remporte le spectacle cinématographie. Ce sont les William Fox, fondateur de la 20th Century Fox, Carl Leammle, créateur de l’Universal, Adolphe Zukor de la Paramount ; Marcus Low fusionne la Metro, la Goldwin Pictures et Les productions Louis B. Mayer pour donner naissance à la Metro Goldwyn Mayer (MGM)…
Rita Hayworth dans "Gilda"(1946) de Charles Vidor

Rita Hayworth dans "Gilda"(1946) de Charles Vidor

© Bob Coburn / Kobal / The Picture Desk
Ces grands studios, auxquels s’ajoutent la Warner Bros. et la Columbia, existent toujours, produisent depuis les années 1910 à tour de bras, inventeront des genres (le western, le thriller, le fantastique, la comédie musicale…) tout en instaurant un style, un langage filmique à l’impact universel, faisant du cinéma la première industrie américaine à l’exportation, devant l’aviation ! Avec les grands studios naît le star system, chaque major ayant ses vedettes attitrées farouchement disputées, rarement prêtées, et quand c’est le cas, à prix d’or. Le processus s’étendra des années 1915, Theda Bara étant la première star hollywoodienne, aux années 50.
 Ginger Rogers et Fred Astaire dans "Roberta" (1935) de  William A. Seiter 

 Ginger Rogers et Fred Astaire dans "Roberta" (1935) de  William A. Seiter 

© Kobal / The Picture Desk
Au début des années 60, la donne change. Les petites productions indépendantes prennent un essor balbutiant qui deviendra incontournable tout en déboulonnant les icônes, avec des films des films tels que "Easy Rider" ou "Macafdam Cowboy". Tous les studios s’en trouvent chamboulés et cherchent à s’adapter jusqu’à connaître une véritable crise dans les années 70, tout en parvenant à produire et inonder le monde de films. Les films catastrophes sont très symptomatiques du phénomène. Ces "Tremblement de terre", "Tour infernale", "Dents de la mer"… inscrivent dans le cinéma américain la crise qui le traverse, mais ils sont aussi les premiers blockbusters, recette toujours très en vogue.
Peter Fonda, Dennis Hopper et Jack Nicholson dans "Easy Rider" (1969) de Dennis Hopper

Peter Fonda, Dennis Hopper et Jack Nicholson dans "Easy Rider" (1969) de Dennis Hopper

© Screen Prod / Photononstop
Juliette Michaud retrace cette histoire du cinéma avec érudition en se limitant à l’émergence, l’âge d’or et la décadence d’Hollywood. L’ouvrage vaut pour beaucoup par son abondante iconographie, parfois rare, en noir et blanc et en couleur, avec notamment des portraits de stars pleine page de toute beauté. Des interviews d’acteurs et d’actrices animent chacun des chapitres : Lillian Gish, Tippi Hedren, Shirley Mc Laine, Mickey Rooney (qui vient de disparaître), Kirk Douglas, Jane Fonda… Un bel ouvrage, un rien nostalgique d’une époque révolue, qui participe d’une culture ancrée en chacun de nous et universelle.  
Première de couverture de "Il était une fois Hollywood" de Juliette Michaud

Première de couverture de "Il était une fois Hollywood" de Juliette Michaud

© Flammarion
Il était une fois Hollywood
de Juliette Michaud, préface de Michel Hazanavicius
Relié, 298 pages, 300 photographies environ
Editions Flammarion
39,90 euros