Lumière 2012: "La nuit du chasseur", une leçon de cinéma par Charles Laughton

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 19/10/2012 à 09H59
Robert Mitchum dans "La nuit du chasseur" de Charles Laughton

Robert Mitchum dans "La nuit du chasseur" de Charles Laughton

© DR

Le festival Lumière de Lyon a projeté sur grand écran jeudi 18 octobre 2012 un document qui a fasciné les cinéphiles présents dans la salle : « Charles Laughton directs The Night of the Hunter », en français, « Charles Laughton dirige La Nuit du Chasseur ».

Il faut tout de suite dissiper le malentendu qui pourrait s'installer : « Charles Laughton dirige  La Nuit du Chasseur » ne ressemble en rien aux bonus qui alourdissent généralement les dvd. Pas de scènes coupées au montage, pas de commentaire du réalisateur, pas de bêtisier. Ce que le spectateur du festival Lumière de Lyon a eu devant les yeux pendant deux heures quarante est un document comme tout cinéphile rêve d'en découvrir un jour.

Terrifiant et gothique
En 1955, le comédien Charles Laughton dirige son premier film « La nuit du chasseur », adapté d'un roman du même titre que vient alors de publier James Agee. Il ignore encore qu'il sera le seul. Un faux prédicateur interprété par Robert Mitchum épouse de riches veuves qu'il fait disparaître pour hériter. Il séduit ainsi la femme d'un compagnon de cellule qui vient d'être exécuté pour meurtre et qui lui a confié avoir caché une importante somme d'argent. Après avoir tué la femme, il menace et poursuit les deux enfants de celle-ci, persuadé avec raison, qu'ils savent où se trouve le magot. Et pour cause, le tas de billets est à l'intérieur de la poupée que la fillette de cinq ans ne quitte jamais.
Le film est noir, terrifiant, gothique. Une image en est restée célèbre, celle de Mitchum présentant ses deux mains avec « love » inscrit sur la droite et « hate » sur la gauche ».


Des rushes miraculeusement préservés
Charles Laughton, à la différence de la plupart des réalisateurs, ne demandait pas de couper à la fin des prises. La caméra continuait de tourner. Lers comédiens recommençaient plusieurs fois la scène dans la même prise. On l'entend même, en contrechamp donner la réplique à ses acteurs et leur donner des conseils, voire exprimer des exigences. Cette manière de travailler et le miracle qui a consisté en ce que sa veuve décide de conserver les rushes, permet d'entendre les conseils du réalisateur, de comparer les interprétations des comédiens, de voir évoluer leur compréhension des personnages.  Le miracle du montage proposé réside aussi dans le fait qu'à la fin de la projection, on a l'impression d'avoir suivi en parallèle le film et sa réalisation.

Témoins du tournage
On est souvent émerveillé par le talent des deux plus jeunes comédiens, la plus petite a cinq ans et se moque gentiment de Robert Mitchum parce qu'il oublie certaines répliques. Le petit garçon, environ douze ans, comprend quant à lui au quart de tour les directives de Laughton. On s'étonne aussi de l'humilité des acteurs, rien de moins que Robert Mitchum, Shelley Winters ou Lillian Gish, prêts à recommencer encore et encore une scène pour modifier une infime nuance de leur jeu.

Un extrait en VO de « Charles Laughton directs The Night of the Hunter »

Echec commercial
Le film, incompris à sa sortie, fut un échec et Laughton ne put jamais en réaliser un second. Il ne sut jamais que son oeuvre occuperait une place aussi déterminante dans l'histoire du cinéma. Le comédien, pour une fois réalisateur, et quel réalisateur, nous offrait en 1955 sans le savoir une véritable leçon de cinéma, émouvante et passionnante. Il aurait mérité de se voir accordée au moins une deuxième chance.

Retour au grand écran
Le festival Lumière de Lyon est le seul à proposer de tels moments de cinéma. Tout en programmant des avant-premières, il permet au public de revoir des classiques du cinéma sur grand écran, c'est à dire dans le format pour lequel ils ont été pensés. On est loin des paillettes et du mercantilisme d'autres événements dédiés au septième art. Les plus grands noms du cinéma international répondent présents aux invitations lancées par Thierry Frémeaux et Bertrand Tavernier. Sans les qualités mondialement reconnues de ces deux lyonnais, nombre de ces personnalités, réalisateurs ou comédiens, n'auraient jamais eu l'honneur, avant de s'installer dans un fauteuil de cinéma, de traverser le hangar du premier film. Ce hangar fut le décor naturel de « la sortie des usines Lumière », bande de quelques secondes, en noir et blanc saccadé, considérée comme le premier film de l'histoire.