Trois questions à Christophe Gans, parrain du PIFFF

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 26/11/2011 à 12H14
Christophe Gans

Christophe Gans

© PIFFF

Propulsé parrain du PIFFF pour avoir répondu avec enthousiasme à l’invitation du PIFFF, Christophe Gans est un fantasticophile de la première heure, cofondateur de feu "Starfix" et réalisateur en France comme aux Etats-Unis, de "Crying Freeman", "Le Pacte des loups", et "Silent Hill".

Jacky Bornet : Qu’est-ce que cela vous fait de revoir un festival du film fantastique à Paris, vous qui avez traversé toute la fantasticophilie depuis les années 70 ?

Christophe Gans : Quand on voit le film d’ouverture ("Malveillance"), on voit tout de suite qu’il y a un niveau, une ambition. Le PIFFF a ouvert de suite avec un film complexe qui n’est pas strictement un film d’horreur, je trouve que tout de suite cela met les choses au clair. Il représente ce que peut être ce festival, pas seulement un endroit où on peut voir des films transgressifs, mais aussi un endroit où on peut voir des films qui comptent.

Mark Dacascos dans "Crying Freeman de Christophe Gans

Mark Dacascos dans "Crying Freeman de Christophe Gans

© Metropolitan Filmexport

J’ai été enthousiaste tout de suite. Du fait que j’ai un passé avec "L’Ecran fantastique". Quand je suis arrivé à Paris en 1978 (Christophe Gans vient d’Antibes, ndr) j’ai travaillé à la rédaction de "L'Ecran fantastique", j’ai été une petite main derrière le festival d’Alain Schlocoff (fondateur de "L’Ecran fantastique" et du festival du Rex, ndr). Cela m’a toujours fait de la peine que le Rex finisse.  J’ai trouvé intéressant que Fausto (directeur artistique du PIFFF, ndr) veuille remettre les choses en place. Evidemment, cela sera différent parce qu’on n’est plus à la même époque. C’était un peu le Nirvana pour nous. C’était l’occasion de voir des films qu’on ne pouvait pas voir autrement. Aujourd’hui, c’est différent avec le DVD et surtout le téléchargement. Quelqu’un qui s’intéresse au cinéma aujourd’hui peut tout voir. Mais c’est toujours autre chose d’aller voir un film en salle avec des gens qui réagissent à l’unisson. C’est vrai que cela ne sera sans doute jamais comme le Rex, mais cela sera peut-être une nouvelle génération, une nouvelle façon d’imaginer un festival du film fantastique à Paris.

Mark Dacascos dans"Le Pacte des loups" de Christophe Gans

Mark Dacascos dans"Le Pacte des loups" de Christophe Gans

© Metropolitan FilmExport

Fantasy.fr : Qu’est-ce que cela vous fait d’en être le parrain ?

C. G. : J’en suis très fier, très content, parce qu’une de mes grandes passions, outre de faire des films, c’est de regarder les films des autres. Je me suis toujours battu pour imposer des metteurs en scène à travers ma revue « Starfix » et plus tard avec « H. K. ». Ce qui m’intéresse, c’est que des metteurs en scène soient reconnus en tant que tel, comme des gens importants dans l’époque. Donc être reconnu comme parrain de ce festival, c’est pour moi continuer de faire ça, d’être au cœur du mouvement, de ce qui se passe dans le cinéma d’aujourd’hui. Pour moi, le cinéma est un objet vivant. Cette espèce de relation incroyable entre un public qui regarde et quelqu’un caché derrière les images qui essaye de communiquer quelque chose à travers une histoire. Pour moi, ça reste un moment magique.

"Silent Hill" de Christophe Gans

"Silent Hill" de Christophe Gans

© © Metropolitan FilmExport

J. B. : Qu’est-ce que vous attendez aujourd’hui d’un film fantastique ?

C. G. : D’abord mes goûts sont extrêmement éclectiques. Un film me plait à partir du moment où il est bon. Alors maintenant qu’est-ce que je considère comme un bon film ? En fait j’aime toutes les formes du cinéma fantastique.  Après, ma favorite, et là c’est une affaire de goût, c’est quand il se rapproche du subconscient. J’ai toujours aimé que le cinéma fantastique garde sa dimension poétique. Qui vient du fait que les images semblent directement sorties d’un rêve, ou d’un cauchemar.

Quand j’ai réalisé "Silent Hill", c’était moins pour moi un film d’horreur qu’un film cauchemardesque. J’ai essayé de l’organiser comme un cauchemar énigmatique, étrange, plutôt qu’un film où il doit y avoir un frisson, un choc, à espace régulier. J’aime bien cela aussi, quand ça tamponne, mais ce qui m’a intéressé dans "Silent Hill", qui était un projet personnel, c’était la qualité onirique du matériau de base. Et de le croiser avec certains matériaux de l’art contemporain.  Je voulais que le spectateur, quand il voyait une des créatures se dise, "on dirait une sculpture de Giacometti, on dirait une poupée de Hans Bellmer, une toile de Francis Bacon". Je trouvais intéressant d’élargir le champ. Pour moi, ce qui est important, ce n’est pas de réaliser un film qui marque tout de suite, mais que l’on puisse se dire cinq ans plus tard, "c’est différent", "ça n’a pas été refait depuis".