PIFFF 2011 : des organisateurs venus d'ailleurs

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 23/11/2011 à 01H30
Gérard Cohen et Fausto Fasulo, organisateur du PIFFF

Gérard Cohen et Fausto Fasulo, organisateur du PIFFF

© Jacky Bornet

Gérard Cohen, directeur de publication de « Mad Movies », président du Paris International Fantastic Film Festival, et Fausto Fasulo, rédacteur en chef de « Mad » et directeur artistique, nous disent comment s’est monté le PIFFF, leur passion pour le fantastique et leurs objectifs en créant un festival du film fantastique à Paris.

Jacky Bornet : Il y a déjà un festival du film fantastique en France, à Gérardmer, comment vous positionnez-vous par rapport à lui ?

Fausto Fasulo : Il n’y a pas que le festival de Gérardmer, il y a aussi L’Etrange Festival, même s’il n’est pas que fantastique, ainsi que le Festival européen de Strasbourg, qui est un excellent festival et qui a monté en puissance depuis 2-3ans avec une excellente programmation. Mais on ne s’est pas vraiment  posé la question s’il fallait se situer par rapport à Gérardmer. On avait juste envie de se faire plaisir et de faire plaisir aux spectateurs en proposant un véritable événement festif, fédérateur et populaire avec une programmation exigeante sur la capitale. On ne s’est jamais dit « entrons en concurrence avec Gérardmer, L’Etrange festival ou Strasbourg ». On est juste partis du constat suivant : pas de festival à Paris, pourquoi ne pas en faire un.

"The Dead" des Ford Brothers (en compétition)

"The Dead" des Ford Brothers (en compétition)

© Anchorbay

Tout le monde s’est dit depuis l’extinction du festival du Rex (en 1989 NDR), pourquoi ne se passe-t-il plus rien à Paris ? Je pense que les envies ne manquaient pas chez les potentiels organisateurs de festivals mais il y avait peut-être une crainte que cela ne marche pas, ou que c’était trop compliqué, crainte que nous avions au départ,  puisque c’est une idée qu’on couvait depuis plusieurs années. Et puis une fois que l’on met les mains dans le cambouis, on se rend compte que ce n’est pas si difficile si on a les bons contacts, si l’on parvient à créer une bonne synergie entre responsables et impliqués. Après, le verdict final, c’est le public qui le rendra.

Fesival du Rex, 1978

Fesival du Rex, 1978

© DR

J. B. : Le festival du Rex a aussi marqué toute une époque, ne craignez-vous être confronté aux mêmes débordements qui, finalement lui ont été fatal, puisque les distributeurs ne voulaient plus y envoyer leurs films, vu le chahut dans la salle ?

F. F : C’est un festival qui a vraiment marqué plusieurs générations et toutes les personnes qui s’y sont rendus se souviennent de l’ambiance, c’était très rock n’roll. D’ailleurs,  on compte avoir un service d’ordre très musclé…

J. B. : Des Hell’s Angels ?
F. F :
Voilà, exactement, comme pour les Stones, qui vont poignarder les spectateurs. Plus sérieusement, je pense que le profil des spectateurs de fantastique a changé. Je ne suis du tout en train de dire que c’étaient des hommes de Cro-Magnon à l’époque mais il y avait quand même une faune qui était un peu plus punk, un peu plus électrique que maintenant. Et je pense surtout que si le festival a rencontré un tel succès à l’époque, c’est que l’accessibilité à ces films-là était bien différente. Maintenant, n’importe qui peut voir n’importe quoi, grâce à Internet, à la multiplication des festivals.... C’est d’ailleurs devenu très compliqué de proposer des films totalement inédits. Mais pour revenir à la question de base, je ne pense pas que nous rencontrerons ce genre de problème.

Amber Heard dans "The Ward" de John Carpenter

Amber Heard dans "The Ward" de John Carpenter

© Echo Lake Productions

J. B. : Comment c’est effectué la sélection du festival ? Combien de films avez-vous vus et avez-vous repéré des thèmes émergents ?

F. F. : La sélection s’est faite complètement au hasard, en fait. Mais nous avons vu beaucoup de films. L’avantage en fait, c’est que comme rédacteur en chef de « Mad Movies », à titre personnel, je fais les marchés, je vais à Cannes, je suis aussi beaucoup les festivals etcetera..., donc, humblement, j’essaye d’être en pointe de ce qui se fait. J’essaye de voir quel réalisateur peut être prometteur, quel film attise ma curiosité et semble être plus singulier que les autres. Donc, c’est un travail de longue haleine mais en même temps c’est un vrai plaisir, parce qu’on défriche, on mise sur des films, sur des réalisateur en se disant, « tient, ce premier film là est intéressant », d’ailleurs ce premier festival regorge de premier longs métrages. L’intérêt c’est aussi de braquer les projecteurs sur des cinéastes qui débutent et qui nous semblent avoir un talent certain, que l’on espère confirmé dans l’avenir.

J. B : Il semble que la Grande-Bretagne et l’Espagne émergent de la sélection.

F. F. : Oui, oui, tout à fait. Mais je ne pense pas qu’ils produisent plus de films de genre que la France, mais c’est vrai qu’ils sont de meilleur qualité. Il est indéniable que les films espagnols sont plus exigeants dans le fond comme dans la forme. Mais c’est tout aussi difficile de produire, de réaliser et produire un film en Espagne qu’en France. C’est ce que nous disent les Espagnols. D’ailleurs, pour eux et beaucoup d’Européens, la France, à leurs yeux, est un peu  la nouvelle terre sacrée du cinéma fantastique. Il y a en eux une espèce de vision déformée de la fameuse nouvelle vague horrifique française qui n’est pourtant absolument pas nouvelle.

"Masks" de Andreas Marschall

"Masks" de Andreas Marschall

© Anolis

Quant aux thèmes émergeants : indéniablement la fin du monde. C’est devenu un thème absolument récurrent dans le fantastique, abordé sous des angles divers et variés, que cela soit la science-fiction, l’invasion extraterrestre, les catastrophes naturelles, les maladies avec les virus, les thématiques zombies, infections, ou encore les films post-apocalyptiques. On en a plusieurs dans la sélection. Le film d’Abel Ferrara, ou « Bellflower » qui est un drôle de film post-apocalyptique puisqu’il y est question  de personnes qui se préparent à vivre l’apocalypse. Il y a « Extraterrestre » qui, lui, mélange une comédie romantique avec en toile de fond une invasion extraterrestre, donc potentiellement notre fin du monde.

C’est d’ailleurs ce qui est intéressant dans le fantastique. C’est un genre hybride. Il s’hybride particulièrement bien avec d’autres genres. On peut avoir des drames fantastiques, des drames d’horreur, des films d’horreur sociaux… il y a plein de métissages qui peuvent se créer et qui enrichissent  le genre.
 

J. B. : Vous avec un jury particulièrement bien composé : Avary, Gans, Balagnero,  Hadzihilovic. Comment ont-ils réagi à votre invitation ?

F. F. : La première personne qui a été approchée et qui a réagi de façon extrêmement positive, très enthousiaste, c’est Christophe Gans. Il est parti au quart de tour, « je vous suis », il n’a pas réfléchi une seule seconde avant de dire oui. Puis on a un peu procédé par ricochet. On savait que Christophe était ami avec Roger Avary qui est quelqu’un que j’apprécie énormément. Ensuite, il y avait Lucile Hadzihilovic que je connaissais un petit peu pour avoir réalisé un film qui est comme une fulgurance, « Innocence », et qui a une personnalité à part dans l’industrie française. C’était intéressant d’avoir son point de vue exigeant, artistique, très pointu sur une sélection. Enfin, Balagnero, c’était l’évidence. Son nouveau film est arrivé à un moment de l’année, où nous nous sommes dits, c’est parfait, on va pouvoir le projeter en ouverture. Alors, quitte à avoir un européen dans le jury, autre que Français, autant que cela soit Balagnero.

Et puis je ne cache pas que cette organisation s’est faite un peu dans la précipitation, sans gros budget, sans subvention. Ce sont les fonds de « Mad Movies » qui ont servi à tout cela. On a essayé de serrer le budget au maximum, tout en faisant un festival de bonne tenue avec une bonne organisation et une bonne réputation pour renouveler l’opération avec comme futur jurés de bons réalisateurs, et de bons invités.
(Arrive Gérard  Cohen, président du festival)

J. B. : A quelques jours de l’ouverture, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

Gérard Cohen : Dans une très grande sérénité, parce que les échos sont bons. Que cela soit les lecteurs (de « Mad Movies » NDR), les gens de la profession, ou les premières réservations de places. Nous n’avons que des retours positifs. C’est sûr que je crains toujours l’incident technique de dernière minute, mais nous sommes sereins.

Cette idée qui germait depuis longtemps chez nous est devenu de plus en plus évidente à réaliser et indispensable pour le futur de notre activité qui tourne autour de  « Mad Movies » et du cinéma fantastique en général. L’un ne va pas sans l’autre.

Nous sommes sereins. Nous ne sommes pas des débutants ; L’année prochaine, « Mad » va avoir 40 ans d’existence.