Fatih Akin ne trouve pas d'acteur turc pour incarner un journaliste arménien

Par @Culturebox
Mis à jour le 31/07/2014 à 14H19, publié le 31/07/2014 à 14H09
Fatih Akin le 26 septembre 2013 à Hambourg / Hrant Dink le 10 décembre 2006 à son bureau à Istanbul, cinq semaines avant d'être assassiné

Fatih Akin le 26 septembre 2013 à Hambourg / Hrant Dink le 10 décembre 2006 à son bureau à Istanbul, cinq semaines avant d'être assassiné

© Axel Heimken /EPA/MaxPPP - Sezayi Erken / AFP

Aucun acteur turc ne veut jouer le rôle de Hrant Dink, le journaliste d'origine arménienne assassiné en janvier 2007 en Turquie. Du coup, le réalisateur germano-turc a dû suspendre son projet de film sur ce sujet.

"J'ai échoué à convaincre un comédien turc de jouer le rôle de Hrant Dink, tous ont trouvé mon scénario très dur", a relaté le cinéaste dans un entretien à l'hebdomadaire arménien Agos, publié mercredi.

Fatih Akin, réalisateur allemand d'origine turque, qui a remporté l'Ours d'or de la Berlinale en 2004 avec "Head On" et a réalisé aussi "De l'autre côté" ou "Soul Kitchen", a indiqué n'avoir d'autre choix que de "suspendre le projet de film" à la mémoire de l'ex-rédacteur en chef d'Agos.

Le 19 janvier 2007, Hrant Dink, 52 ans, était abattu de deux balles dans la tête à Istanbul, devant les locaux d'Agos, l'hebdomadaire bilingue turco-arménien qu'il dirigeait, par un jeune nationaliste âgé de 17 ans, un crime qui a choqué la Turquie. Hrant Dink oeuvrait à la réconciliation entre Turcs et Arméniens. Mais il était haï par les nationalistes turcs.

Après une série d'imbroglios judiciaires, la procédure à l'encontre de plusieurs complices du jeune tueur est toujours en cours.

Le film "The Cut" de Fatih Akin, qui prend position en partie pour la cause arménienne au sujet du génocide arménien perpétré dans les dernières années de l'empire ottoman (1915-1917), avait été écarté par le réalisateur lui-même d'une possible participation au festival de Cannes 2014.
Bande-annonce de "The Cut" (en allemand)
Après près d'un siècle, la Turquie rejette officiellement toute idée de génocide, évoquant des massacres entre Turcs et Arméniens durant la dislocation ottomane. Les tueries et les déportations d'Arméniens ont fait environ 1,5 million de victimes selon les Arméniens. La Turquie n'évoque que 250.000 à 500.000 morts.

Le tabou sur cette page sombre de l'histoire de la Turquie s'est fissuré ces dix dernières avec une multiplication du débat intellectuel.