"Midnight Special": S-F. entre "Rencontre du 3e type" et "Sixième sens"

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/03/2016 à 17H27, publié le 16/03/2016 à 16H54
Jaeden Lieberehr dans "Midnight Special" de Jeff Nichols

Jaeden Lieberehr dans "Midnight Special" de Jeff Nichols

© 2016 Warner Bros Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC

Jeff Nichols réalise pratiquement le sans-faute en enchaînant "The Shelter", "Mud" et "Midnight Special" où il s’essaye à une science-fiction adulte, tout en restant familial, dans un style qui lui est propre, même si l’on y décèle des influences.

La note Culturebox

4
4/5
Spectaculaire et sensible
L’originalité de "Midnight Special" émane de son traitement des mondes parallèles, très présents dans la Science-fiction littéraire, mais rares au cinéma. Un seul titre vient à l’esprit : "Upside Down" de Juan Solanas avec Kirsten Dunst, également présente dans le film de Nichols.
"Midnight Special : la bande annonce (VF)
Le cinéaste a le don de traiter de thèmes profonds avec une accessibilité tangible, alliant exigence et romanesque. L’approche de la famille américaine, qui traverse ses films, s’effectue sur un mode et des thèmes que l’on pourrait penser décalés. Le fond de son sujet n’en demeure que plus fort, d’autant que sa direction d’acteurs et sa mise en scène pour atteindre l’émotion sont bien dosées, sans sombrer dans l’excès, travers dans lequel Steven Spielberg a tendance parfois à tomber.

Aussi, "Midnight Special" recèle-t-il son lot de scènes spectaculaires sans laisser de côté les personnages, dont la psychologie évolue au fil de l’action, au service d’un thriller de Science-fiction haletant, non moins sensible dans sa chaleur, à des lieux de la froideur commune à nombre de films de S-F.  
"Midnight Special" de Jeff Nichols

"Midnight Special" de Jeff Nichols

© Warner Bros.
Sources assumées
Récit mystérieux dans son premier quart, "Midnight Special" revendique au cours de son développement des références à Steven Spielberg, notamment à "Rencontres du 3e type", dans sa poignée d’illuminés convaincus d’une révélation imminente sur le destin de l’humanité, en un lieu précis qu’ils tentent de rejoindre coûte que coûte, jusqu’à se jouer des forces de l’ordre et de l’armée. L’omniprésence de l’enfant au cœur de l’action recoupe également une constance chez Spielberg ("Rencontres…", " E.T. ", " La Guerre des mondes" …). L’enfance et la Science-fiction se croisent souvent au cinéma, surtout dans les années 50 : "L’Invasion vient de Mars", "Tobor the Great", "Le Village des damnés"... La construction narrative menant d’une situation "classique" du thriller (ici l’enlèvement d’un enfant, comme dans "Sugerland Express"), monte jusqu’à un climax spectaculaire par son esthétique inattendue. Encore un point commun.

La deuxième source se trouve chez M. Night Shyamalan, avec lequel Jeff Nichols flirte dans la multiplication des fausses pistes conduisant à une résolution imprévisible et à laquelle on se livre avec délectation ("Sixième sens", "Incassable", "Le Village"…) Nichols ne fait pas pour autant du plagiat, un peu comme J. J. Abrams qui ne cache pas son admiration pour le réalisateur des "Dents de la mer" et auquel il a rendu un superbe hommage dans "Super 8".
Jaeden Lieberher et Kirsten Dunst dans "Midnight Specia"l de Jeff Nichols

Jaeden Lieberher et Kirsten Dunst dans "Midnight Specia"l de Jeff Nichols

© Copyright 2016 Warner Bros Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC
Une œuvre cohérente
Si "Midnight Special" joue d’un jeu de piste avec des sources cinématographiques assumées et les arcanes de la S-F, il est aussi en phase avec les deux films précédents de Nichols. "The Shelter" surfait sur la conviction prémonitoire d’un personnage de l’imminence d’une catastrophe naturelle - l’arrivée d’une énorme tornade sur sa maison. "Mud" voyait une même foi émanant  d’un groupe d’enfants envers un homme mystérieux vivant comme un Robinson, en marge de leur communauté qui lui voue une méfiance viscérale. On remarquera au passage toujours une approche de l’enfance. Mais dans ces trois films, Nichols met également au centre la figure du père.

Dans "The Shelter" et "Mud"  elle est d’ailleurs interprétée par le même acteur, Michael Shanon, qui semble comme un alter ego du réalisateur, par les valeurs "dirigistes" qu’il incarne. L’ensemble crée une unité dans l’œuvre de Nichols, une logique interne, comme une trilogie par des thèmes communs.

Le cinéaste a été adoubé par le public et la critique, avec raison. De là à voir dans "Midnight Special" une révolution dans la science-fiction au cinéma, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Pour des motifs évoqués plus haut. Le film demeure un beau moment de cinéma qui tient en haleine de bout en bout, à l’action ininterrompue, tout en restant sensible, alors que la mise en images remarquable n’a d’égale que la prestation d’acteurs non moins formidables.

La fiche

Science-fiction de Jeff Nicholson (Etats-Unis) – Avec : Michael Shannon, Jaden Lieberher, Joel Edgerton, Kirsten Dunst – Durée : 1h51
Synopsis : Fuyant d'abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d'une chasse à l'homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d'accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.