Anne Wiazemsky a vu "Le Redoutable" qui sera présenté à Cannes : Hazanavicius a compris Godard

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/04/2017 à 19H02, publié le 29/04/2017 à 19H01
Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky en octobre 1960.

Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky en octobre 1960.

© KEYSTONE Pictures USA/ZUMAPRESS

Faire d'un être "odieux" un personnage "émouvant et drôle" : c'est ainsi que la romancière Anne Wiazemsky, ex-épouse de Jean-Luc Godard, salue "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius. Ce film consacré au cinéaste de légende, s'inspire de son roman "Un an après" (Gallimard). Il sera en compétition au Festival de Cannes.

"J'ai vu le film et j'adorerais le revoir car je suis en même temps la meilleure et la pire des spectatrices", confie à l'AFP l'actrice de "La Chinoise", encore sous le coup de l'émotion.

"D'une tragédie, il a fait une comédie"

Pour "Le Redoutable", le réalisateur Michel Hazanavicius ("The Artist"), s'est inspiré du roman de la petite-fille de François Mauriac, qui épousa Godard en juillet 1967, "Un an après" (Gallimard). Révélée par "Au Hasard Balthazar" de Robert Bresson, la jolie rousse au visage mutin a 20 ans. Son époux, phare de la Nouvelle Vague et déjà célèbre mondialement, a 17 ans de plus. 
La déferlante de mai 68 aura raison de leur histoire d'amour et ouvrira une crise chez le réalisateur qui renie ses films ("Pierrot le fou", "Le Mépris"), rompt avec le système du cinéma et avec nombre de ses amis. Souvent violemment. Le tout dans un style radical, parfois émaillé d'épisodes cocasses. 
Sujet de France 24 sur le tournage du film de Michel Hazanavicius, "Le Redoutable".
Le réalisateur "a compris quelque chose de très profond chez Jean-Luc. Et d'une tragédie, il a fait une comédie". "Il a compris la crise qu'il traversait et dont personne, à commencer par moi, n'a mesuré les conséquences". A cette époque, "plus ça avance, plus nos chemins se séparent. Moi qui venais de l'université, j'allais de plus en plus vers le cinéma. Et lui, qui venait du cinéma, s'en éloignait de plus en plus. Et je crois que le film le rend très bien, le rend de manière comique", ajoute la romancière.

Ressemblance hallucinante

Elle a été plus que convaincue par l'interprétation de Louis Garrel. Un acteur qu'elle a connu à sa naissance... Anne Wiazemsky a en effet tourné deux films avec son père, Philippe Garrel. Elle se souvient encore de la découverte de son premier film "Marie pour mémoire", en compagnie de Godard. "Il y a Garrel maintenant, je n'ai plus à faire de films", fut à l'époque le seul commentaire de JLG. "J'ai été hypnotisée par la ressemblance hallucinante entre Louis Garrel et Jean-Luc. Il parle comme lui. Si on dit l'accent suisse, c'était pas ça. Comment il a piqué ce phrasé, je ne sais pas, c'est le travail de l'acteur".

"Le metteur en scène et l'acteur ont réussi à faire que ce personnage odieux, dans des discours grotesques, soit émouvant et drôle", ajoute-t-elle. Le rôle d'Anne a été confié à la jeune franco-britannique Stacy Martin ("Nymphomaniac"). "J'étais plus dessalée que le personnage dans le film. J'avais déjà tourné. Je venais de ce milieu. Il me semble que la jeune fille est plus jeune et plus naïve", confie Anne Wiazemsky, qui devrait être du voyage à Cannes pour la présentation du film avec toute l'équipe.

"Plein de fils qui se croisent"

Godard, retiré en Suisse, n'est pas attendu sur la Croisette. "Je ne sais rien de lui depuis très longtemps. Je sais qu'Hazanavicius, par prudence, ne lui a pas envoyé de DVD". Contactée par le réalisateur Michel Hazanavicius pour une adaptation de son roman, la romancière, partie au rendez-vous avec l'intention de refuser, s'est vite laissée convaincre. "J'étais intéressée de rencontrer quelqu'un dont j'aimais les films. Je pensais que ce n'était pas faisable, qu'on ne pouvait pas réincarner des personnes réelles, tourner mai 68 (...). Et puis, la façon dont il en a parlé, c'était oui", raconte-t-elle. Ils ne se sont revus que pour la projection.
Couverture du livre "Un an après" d'Anne Wiazemsky © Gallimard

Le piquant de la situation - la présentation du film au Festival de Cannes, que Godard a voulu interrompre en 68 avec Truffaut - fait sourire Anne Wiazemsky.
"Je trouve qu'il y a plein de fils qui se croisent, tous très romanesques dans le fait que ça aboutisse à un film et que le film aille à Cannes. Et que ce soit Louis qui incarne Jean-Luc....".