Scorsese visite son exposition à la Cinémathèque : "fort et très émouvant"

Par @Culturebox
Publié le 13/10/2015 à 12H16
Robert de Niro dans "Taxi Driver" de Martin Scorsese 1976

Robert de Niro dans "Taxi Driver" de Martin Scorsese 1976

© Columbia Pictures

Cinéaste oscarisé et cinéphile, l'Américain Martin Scorsese est à l'honneur en France : la Cinémathèque lui consacre à Paris une grande exposition à partir de mercredi, avant un hommage vendredi à Lyon.

"Je n'aurais jamais pensé que vous exposeriez la table de la salle à manger de ma mère"

"Scorsese l'exposition", créée à Berlin en 2013 puis passée à Turin et Genève, la plus importante jamais consacrée au réalisateur de la Palme d'or 1976 "Taxi Driver", retrace un demi-siècle de son travail. "C'est la première fois que je la vois", a expliqué Martin Scorsese, 72 ans, lors d'une conférence de presse à la Cinémathèque française à Paris. "Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit d'une telle ampleur, ni à voir certains de mes objets personnels. Je me demandais où ils étaient passés !". "C'était fort et très émouvant", a-t-il ajouté. "Je n'aurais jamais pensé que vous exposeriez la table de la salle à manger de ma mère, jamais!", a-t-il plaisanté, rappelant les nombreuses personnalités venues dîner chez les Scorsese.

Des photos, affiches ou objets, issus pour la plupart de la collection personnelle du cinéaste, sont présentés : outre la table de Catherine Scorsese, le costume de Leonardo DiCaprio dans "Gangs of New York", la robe jaune moutarde de Cate Blanchett qui avait incarné Katharine Hepburn dans "Aviator" ou encore la reproduction de la télévision de l'enfance du cinéaste new-yorkais...
Martin Scorsese et Robert De Niro, Taxi Driver, 1976

Martin Scorsese et Robert De Niro, Taxi Driver, 1976

© Martin Scorsese Collection, New York
L'exposition, qui durera jusqu'au 14 février, offre aussi aux fans l'occasion inédite de se plonger dans les méthodes du maître, à travers des scénarios, notes de travail, dessins originaux de repérages ou nombreux storyboards, de "Taxi Driver" à "Mean Streets", que Martin Scorsese a expliqué dessiner "généralement lui-même". "Cela remonte à une époque où j'étais très jeune, et où je dessinais dans ma chambre parce que je ne pouvais pas faire du sport ou sortir", a raconté le cinéaste qui avait de l'asthme.

'Spectaculaire et radical'

Thématique, l'exposition en cinq parties raconte aussi la genèse du héros scorsésien et ce qui le caractérise, de sa spiritualité à sa violence, en partant des origines italo-américaines du cinéaste. Elle s'ouvre sur le quartier de "Little Italy" à Manhattan où a grandi Scorsese, pour qui la famille, tout comme l'église catholique et les gangs de rue servaient de repères, avant de balayer l'importance de New York dans son oeuvre.
Martin Scorsese, New York, New York, 1977

Martin Scorsese, New York, New York, 1977

© Martin Scorsese Collection, New York
"Scorsese l'exposition" s'intéresse enfin aux inspirations et à la cinéphilie de ce passionné d'histoire du cinéma, avant de montrer Scorsese au travail, son esthétique et sa méthode pour monter, filmer et mixer ses films. Martin Scorsese "arrive à faire des films contemporains tout en étant dans une tradition du cinéma ancienne", a résumé Matthieu Orléan, commissaire de l'exposition pour la Cinémathèque française.

Il "s'est transformé et a gardé toujours une dimension assez spectaculaire, assez narrative, assez baroque, tout en restant très radical dans ses thèmes, des personnages avec d'énormes failles, auto-destructeurs", a-t-il ajouté.

"Il se peut que nous ayons perdu une génération, c'est pour cela qu'il faut préserver les films anciens"

Se rangeant lui-même du côté de "l'ancien monde", Martin Scorsese s'est inquiété "du clivage qui existe aujourd'hui dans le cinéma" entre les films indépendants et les films de super-héros et autres superproductions. "Le danger est que les plus jeunes, s'ils expérimentent le cinéma de cette façon, croient que c'est ça le cinéma (...) Il se peut que nous ayons perdu une génération, c'est pour cela qu'il faut préserver les films anciens", a-t-il lancé.

Parallèlement à cet événement, la Cinémathèque propose à partir de mercredi une rétrospective des films du cinéaste, des plus connus comme "Taxi Driver", "Raging Bull", "Les Affranchis" ou "Les Infiltrés" -récompensé par quatre Oscars en 2007 dont celui du meilleur réalisateur-, à ses documentaires musicaux ou ses oeuvres de jeunesse.
Storyboard de Martin Scorsese, Raging Bull, 1980

Storyboard de Martin Scorsese, Raging Bull, 1980

© Martin Scorsese Collection, New York
Pour l'inaugurer, Martin Scorsese présentera en personne mercredi soir la projection de "Taxi Driver". Il se rendra ensuite au Festival Lumière de Lyon, dédié aux classiques restaurés du 7e Art. Le cinéaste, également très engagé pour la restauration des chefs d'oeuvre du cinéma mondial, s'y verra remettre vendredi le prix Lumière, décerné chaque année à une personnalité du cinéma mondial.
Affiche de l’exposition Scorsese à la Cinémathèque © Cinémathèque
Scorsese l'exposition
Cinémathèque française du 14 octobre 2015 au 14 février 2016