"Salafistes" : les auteurs dénoncent en justice l'interdiction aux mineurs

Par @Culturebox
Publié le 17/02/2016 à 15H08
François Margolin, co-réalisateur de "Salafistes".

François Margolin, co-réalisateur de "Salafistes".

© Frédéric Dugit/PQR Le Parisien / MaxPPP

Les auteurs du documentaire controversé sur l'islam radical "Salafistes", ont réclamé mercredi devant la justice l'annulation de l'interdiction du film aux mineurs, une décision du ministère de la Culture qu'ils jugent "scandaleuse". Le tribunal doit rendre sa décision jeudi.

Le Documentaire "Salafistes"

Tourné au Mali, en Irak, Algérie, Tunisie et Mauritanie, "Salafistes", qui entend montrer les jihadistes "tels qu'ils sont", selon ses auteurs, donne la parole à des responsables d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à des autorités religieuses salafistes. Il est entrecoupé d'images de propagande et de vidéos jihadistes, sans voix off, ni commentaires et montre de façon très crue l'application de la charia au quotidien.

Ce que réclament les auteurs

"Empêcher le film d'être vu par ceux à qui il est justement destiné, les lycéens, les collégiens, est une chose scandaleuse", a lancé François Margolin, co-réalisateur de "Salafistes", devant le juge des référés du tribunal administratif de Paris.

La société de production qu'il dirige, Margo Cinéma, éditrice de "Salafistes", demande en référé (procédure d'urgence), la suspension de l'interdiction du film aux moins de 18 ans.

Une seconde procédure au fond réclame, elle, l'annulation pure et simple de cette décision prise le 27 janvier par Fleur Pellerin, alors ministre de la Culture, en raison de "l'extrême violence" de certaines scènes du film diffusées sans commentaires.

Ils dénoncent "une atteinte à la liberté d'informer"

"C'est un film d'information, le travail que nous avons fait, au péril de notre vie, est un travail citoyen", a déclaré François Margolin qui était accompagné à l'audience par le co-réalisateur du film, le journaliste mauritanien Lemine Ould Salem.

"La violence qu'on a filmée, c'est la violence du monde", a ajouté le cinéaste qui s'est dit "scandalisé qu'on fasse de cette oeuvre, un film de propagande". Auparavant, l'avocat des auteurs, Me Ivan Terel, avait contesté la légalité de la décision ministérielle, la qualifiant de "disproportionnée" et d'"illégitime". "C'est une atteinte intolérable à la liberté d'expression et d'information", a-t-il plaidé.

La défense du ministère estime que ce film constitue "un risque"

Pour le défenseur du ministère, Me Jacques Molinié, il y a en revanche "urgence à ne pas suspendre la décision d'interdiction car la diffusion de ce film constitue un risque pour les mineurs les plus fragiles". "Le film n'est accompagné d'aucun commentaire qui permettrait de replacer les propos tenus dans leur contexte", a-t-il souligné.  

Il est extrêmement rare que l'interdiction aux moins de 18 ans, réservée habituellement aux films jugés trop violents ou trop pornographiques, touche un documentaire.