Récompensé aux Oscars, à Berlin ou à Cannes, le cinéma mexicain au firmament

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/02/2016 à 20H48, publié le 29/02/2016 à 20H42
Emmanuel Lubezki avec Alejandro Inarritu,tous deux récompensés d'une statuette, lors de la nuit des Oscars 2016, le 28 février.

Emmanuel Lubezki avec Alejandro Inarritu,tous deux récompensés d'une statuette, lors de la nuit des Oscars 2016, le 28 février.

© Matt Sayles/AP/SIPA

S'agit-il d'une nouvelle vague ? Depuis quelques années, les réalisateurs mexicains raflent les prix les plus prestigieux du cinéma mondial, et derrière eux, la production mexicaine s'emballe.

Avec les deux Oscars remportés dimanche par Alejandro Iñarritu (meilleur  réalisateur), le deuxième d'affilée, et Emmanuel Lubezki (meilleure photographie), son troisième consécutif, le palmarès du cinéma mexicain de ces cinq dernières années est impressionnant : 9 Oscars, 4 Golden Globes, 3 prix à  Cannes, un Lion d'Or à Venise, deux prix à Berlin, etc.

Différentes familles du cinéma mexicain  

Si cette prodigieuse récolte est surtout le fait d'un petit groupe de réalisateurs et producteurs talentueux, en particulier Alejandro Iñarritu et  Alfonso Cuaron, ils ne sont pas les seuls à faire briller le cinéma mexicain. 
Le réalisateur Alejandro Iñarritu et le chef opérateur Emmanuel Lubezki lors du tournage du tournage de "Birdman".

Le réalisateur Alejandro Iñarritu et le chef opérateur Emmanuel Lubezki lors du tournage du tournage de "Birdman".

© Kobal / The Picture Desk

"Plutôt que d'une nouvelle vague, il faudrait parler de plusieurs vagues",  estime Jean-Christophe Berjon, critique et ancien sélectionneur pour le Festival de Cannes, installé à Mexico. "Plusieurs familles coexistent et se stimulent mutuellement". La famille Iñarritu est aussi celle de Cuaron et de Guillermo Del Toro,  tous trois parvenus à conquérir Hollywood en quelques années.

"Il y a une relation spéciale entre eux, un échange très stimulant", indique Daniela Michel, directrice et cofondatrice du festival de cinéma de Morelia, qui les a vus démarrer. "Ils se montrent leurs films pendant le montage, se produisent parfois entre eux". Ils ont même créé leur propre société, Cha Cha Cha films, en 2009. 

"Movida" mexicaine

Derrière cette génération Iñarritu, installée aux Etats-Unis et actuellement au firmament, une nouvelle vague se profile avec notamment Amat Escalante et Michel Franco, tous deux déjà primés à Cannes. La "movida" mexicaine fascine jusqu'à certaines étoiles hollywoodiennes tel l'acteur fétiche de Quentin Tarantino, le Britannique Tim Roth (Pulp Fiction, Reservoir Dogs) apparu récemment dans deux films mexicains, "600 miles" de Gabriel Ripstein et "Chronic" de Franco. "Ce qui se passe ici est incroyable. (...) On sent qu'il y a ici une nouvelle énergie, une sorte de mouvement de cinéma réaliste", déclarait en octobre dernier Tim Roth lors de son passage au Mexique.

En dix ans, la production mexicaine a explosé. En 2000, l'année du premier film d'Iñarritu ("Amours chiennes"), le pays produisait environ 10 films par an. Il en est maintenant à 120 par an. Cette croissance spectaculaire s'explique par la mise en place d'un système  de déduction fiscale incitatif, qui pousse les entreprises à investir dans le  cinéma.

 Après une période d'or entre les années trente jusqu'à la fin des années  cinquante, avec des réalisateurs célèbres tels Luis Buñuel, le cinéma mexicain  avait pourtant failli disparaître, usé par des décennies de mauvaises comédies  qui avaient fini par lasser le public. Dans les années 90, il ne se tournait quasiment plus aucun film au Mexique. "C'est le court-métrage qui a maintenu vivant le cinéma mexicain durant ces années", explique Daniela Michel, dont le festival de cinéma de Morelia est devenu en 13 ans l'un des plus importants d'Amérique latine.

Un bémol : la visibilité marginale du cinéma mexicain au Mexique

Paradoxalement, si la production a décuplé, la visibilité du cinéma mexicain reste marginale sur son territoire. Pas facile de voir un film  mexicain dans les nombreux complexes cinématographiques du pays qui proposent  des blockbusters américains.
 
"Seuls un tiers des films produits sortent en salle", souligne Berjon. Et si des réalisateurs primés à Cannes, tels Carlos Reygadas, Escalante ou Franco, ont acquis une certaine notoriété en Europe, ils sont peu connus dans leur pays, faute de diffusion. 

Mais pour défendre son cinéma, la marge de manoeuvre du Mexique est  étroite. En vertu de l'accord de libre-échange nord-américain (Alena), il ne peut aider la production nationale ou sa diffusion en salles sous peine d'être  accusé de fausser la libre concurrence. Impossible également de prélever une somme sur chaque billet pour alimenter  un fonds de soutien à la production, comme il en existe en France.