Pedro Almodovar dénonce un "plan d'extermination" du cinéma espagnol

Par @Culturebox
Publié le 14/10/2013 à 11H21
Le réalisateur espagnol Pedro Almodovar

Le réalisateur espagnol Pedro Almodovar

© Richard Shotwell/AP/SIPA

Le cinéaste Pedro Almodovar accuse dans une tribune le gouvernement conservateur espagnol de vouloir "exterminer" le cinéma de son pays, après l'annonce de nouvelles coupes budgétaires en 2014 dans un secteur déjà affaibli par une hausse de la TVA et la crise.

Dans une tribune intitulée "Cinéma espagnol. L'extinction" publiée samedi sur le site indépendant Infolibre.es, le célèbre réalisateur âgé de 64 ans dénonce la "hausse brutale" du taux de la TVA, passé de 8% à 21% en 2012. "Toutes les prédictions faites à l'époque de cette hausse (que le public arrêterait d'aller au cinéma, que beaucoup de salles fermeraient) se sont vérifiées, sauf celles du gouvernement qui pensait augmenter ainsi ses recettes", écrit-il.

"Si le résultat est contraire à leurs prévisions: pourquoi les ministres du secteur et le gouvernement en général se montrent-ils aussi euphoriques ? Il ne peut y avoir qu'une seule réponse: parce qu'ils punissent le cinéma espagnol jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Parce que tout cela suit un rigoureux plan d'extermination", accuse le réalisateur espagnol.

Le cinéma espagnol "bête noire" des gouvernements de droite

Selon Pedro Almodovar, la droite espagnole n'a jamais pardonné au secteur sa mobilisation en 2003 contre la guerre en Irak, à laquelle a participé l'Espagne sous le gouvernement conservateur de José Maria Aznar. "Depuis notre "Non à la guerre", le cinéma espagnol est devenue la bête noire des gouvernements du PP (Parti populaire, NDLR). Les coupes et le mépris actuels résultent de ce "Non", dont je ne pourrais jamais me repentir même s'il ne devait plus rester un cinéma ouvert", écrit-il.

Selon le projet de budget 2014 approuvé le 30 septembre en Conseil des ministres, l'enveloppe consacrée à l'Institut de la Cinématographie et des Arts audiovisuels (ICAA) sera en 2014 de 48,21 millions d'euros, soit 12,4% de moins qu'en 2013, quand elle avait déjà fondu de 22,6% par rapport à 2012. L'opposition socialiste déplore une chute de 58% du budget public destiné depuis 2011 au cinéma, un secteur qui souffre en plus depuis plusieurs années de la chute de la consommation en Espagne, pays en récession et au chômage record (26,26%), et du piratage.

La qualité des films espagnols mise en cause par le gouvernement 

Selon le ministère de la Culture, le nombre de salles de cinéma en Espagne a chuté de 1.223 en 2002 à 841 en 2012. Et les spectateurs sont moins nombreux : ils étaient 140,7 millions en 2002 et seulement 94,2 millions en 2012. Déjà alarmé par l'annonce des nouvelles coupes, le secteur a vivement réagi la semaine dernière aux propos du ministre du Budget Cristobal Montoro, qui a déclaré mardi que "les problèmes du cinéma ne sont pas seulement liés aux subventions mais aussi à la qualité des films qui se font, à leur commercialisation et à beaucoup de choses".

"Quelqu'un devrait dire à ce ministre et à son collègue (le ministre de la Culture, NDLR) José Ignacio Wert que la TVA sur la culture est en France de 7% et qu'elle baissera à 5% l'année prochaine", contre-attaque Pedro Almodovar dans sa tribune. "Le problème n'est pas que les spectateurs ne vont pas voir le cinéma de leur pays mais bien qu'ils ont arrêté d'aller au cinéma", poursuit-il.

"Parmi ces spectateurs de moins en moins nombreux, un grand pourcentage choisit justement de voir des films espagnols. Si (le ministre, NDLR) observait la liste des 10 films ayant fait le plus d'entrées la semaine dernière, il constaterait que QUATRE sont espagnols!", lance le réalisateur des "Amants passagers" (2013).