Mort de Michael Cimino, cinéaste majeur, auteur de "Voyage au bout de l'enfer"

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/07/2016 à 11H36, publié le 03/07/2016 à 10H42
Michael Cimino en 1980 lors du tournage de "Heaven's Gate".

Michael Cimino en 1980 lors du tournage de "Heaven's Gate".

© RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Michael Cimino, l'un des cinéastes majeurs des années 1970 et 1980 est mort à l'âge de 77 ans. Il était l'auteur notamment de "The Deer Hunter" ("Voyage au bout de l'enfer", 1978) sur la guerre du Vietnam et de "La Porte du paradis" ("Heaven's Gate"), de très grands grands films qui ont apporté un regard différent sur l'histoire américaine.

La mort du scénariste et réalisateur a d'abord été annoncée par le directeur du festival de Cannes, Thierry Frémaux puis, plus tard, par le New York Times, citant un ami de Michael Cimino, l'ancien avocat Eric Weissmann. Selon lui, le corps du réalisateur a été trouvé à son domicile à Los Angeles, après que des amis eurent en vain essayé de le joindre au téléphone. Les causes de la mort n'ont pas été précisées.

Roulette russe

Michael Cimino a marqué le cinéma par son "Voyage au bout de l'enfer", une épopée de trois heures qui évoque la guerre du Vietnam à travers la vie de trois amis, lauréat de cinq Oscars en 1979 dont celui du meilleur film, et de meilleur réalisateur pour Cimino. Dans l'une des scènes cultes du film, les personnages incarnés par Robert De Niro et Christopher Walken, prisonniers des Nord-Vietnamiens, jouent à la roulette russe sous la pression de leurs géôliers. Samedi, le 2 juillet, Robert de Niro a déclaré : "Notre travail ensemble est quelque chose dont je me souviendrais toujours. Il va beaucoup manquer".

Né à New York le 3 février 1939 (date communément retenue faute de date officielle) d'un père éditeur de musique et d'une mère styliste, il obtient une licence puis un master en peinture, respectivement à l'université de Yale (1961) et à celle de New Haven (1963) avant de réaliser des spots publicitaires pour la télévision.

En 1971, il s'installe à Los Angeles et se lance dans l'écriture de scénarios comme "Silent Running" (1972, Douglas Trumbull), récit de science-fiction écologique, "L'Inspecteur Harry" (1971, Don Siegel) , "Magnum Force" (1973, Ted Post), avant de réaliser "Thunderbolt and Lightfoot" ("Le Canardeur") en 1974, avec notamment Jeff Bridges et Clint Eastwood qui produit le film.

Fiasco financier pour "La Porte du paradis" qui signe la fin de United Artists

Le vrai succès arrive avec "Voyage au bout de l'enfer" ("The Deer Hunter", 1978), un des premiers films à évoquer la Guerre du Vietnam. 
A contrario, "La Porte du paradis" ("Heaven's Gate", 1980) n'est à l'affiche qu'une semaine. Egratignant le mythe fondateur du melting pot, cette saga est un fiasco critique et financier, fatal pour United Artists qui avait grandement investi pour ses 3H40 de projection qui dans sa pemière mouture, imposée à sa sortie par la production, ne durait qu'environ 2h30..

Dans une interview au magazine américain Vanity Fair en 2010, Michael Cimino avait dit son espoir que quelqu'un reconnaîtrait un jour ce film comme  un chef d'oeuvre. Ce qui arrivera en 2012, lorsque Cimino dévoile une version intégrale remastérisée (lors de sa sortie en salle, le film était raccourci d'une heure) qui trouve enfin son public. Le directeur de la Mostra de Venise, Alberto Barber, qualifie même de "chef d'oeuvre absolu" cette évocation du combat sanglant de riches éleveurs du Wyoming contre des immigrés d'Europe centrale, avec l'accord tacite des autorités fédérales.

Retour en grâce avec "L'Année du dragon"

Après ce cuisant échec commercial, Cimino doit attendre cinq ans pour revenir en grâce en 1985 avec "L'Année du dragon" ("The Year of the Dragon"), sur la mafia chinoise, mais la communauté asiatique l'accuse de racisme. Suivent trois échecs commerciaux: "Le Sicilien" en 1987, sur le bandit  Salvatore Giuliano, que ses détracteurs l'accusent de glorifier, "Desperate Hours", remake de "La Maison des otages" de William Wyler, en 1990, et "The  Sunchaser" en 1996, road movie sur les Navajos dans les montagnes du Colorado.
Lorsque la caméra lui fait défaut, Cimino s'exprime par l'écriture, notamment avec "Big Jane", un beau portrait de femme et de l'Amérique des années 1950 publié chez Gallimard en 2001 faute d'éditeur américain. Ce roman lui vaut la même année le Prix littéraire du Festival du film américain de Deauville. Toujours en 2001, la France, où il aimait résider, lui a remis la médaille de chevalier des Arts et Lettres, décoration qui, a-t-il dit, le touchait plus que toutes les autres.

On peut enfin citer également "Shadow Conversations" ("Conversations en miroir"), livre de mémoires, et "Hundred Oceans", roman auto-portrait. Depuis plusieurs années, il travaillait à l'adaptation de "La Condition humaine" d'André Malraux.