Mort d'Abbas Kiarostami : hommages à un cinéaste "qui a changé l'image de l'Iran

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/07/2016 à 10H40, publié le 05/07/2016 à 10H10
Abbas Kiarostami à Nice en 2007

Abbas Kiarostami à Nice en 2007

© Eric Estrade / AFP

Les hommages se multipliaient dans le monde du cinéma après l'annonce du décès lundi à Paris du grand réalisateur iranien Abbas Kiarostami, Palme d'or en 1997 pour "Le Goût de la cerise", un des rares qui était resté en Iran après la révolution islamique de 1979.

"Abbas n'est pas seulement le plus grand cinéaste iranien, le Rossellini de Téhéran, le chercheur qui trouve, c'était aussi un photographe inspiré. Il était l'art même", a tweeté l'ancien président du festival de Cannes, Gilles Jacob.


Un inventeur, pour Frédéric Bonnaud

"Il fait partie de ces très rares cinéastes où il y a eu un avant et un après pour le cinéma", a estimé Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française. "C'était un inventeur, car il arrivait à conjuguer un certain réalisme, en parlant beaucoup de son pays et des enfants de son pays, tout en sachant que le cinéma est un spectacle qui peut manipuler le réel".
 
"Il s'intéressait aux enfants, aux écoles, aux faits divers. Son matériau premier était le réel mais il ne travaillait que sur l'interrogation et le doute, ce qui le rendait insupportable à ceux qui n'ont aucun doute, comme les religieux", a commenté Frédéric Bonnaud.

Marjane Satrapi : sans lui je n'aurais pas fait Persepolis

"Sans lui, je n'aurais jamais pu faire Persepolis", a renchéri la dessinatrice et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi, qui avait  fait sa connaissance en France après avoir admiré ses films en Iran. "En Europe on avait vu ses films, donc on ne voyait plus les Iraniens comme  un peuple de terroristes, mais comme des êtres humains. Il a ouvert la voie à toute une génération d'artistes iraniens. Nous lui sommes tous redevables",  a-t-elle dit à l'AFP.
 
"C'est pour moi une très grande tristesse. Nous nous sommes rencontrés de nombreuses fois, je l'aimais énormément. Il avait son langage, son style. Il était très modeste, mais de cette modestie qu'ont les gens qui sont sûrs d'eux. Derrière ses lunettes, il n'a jamais voulu me montrer ses yeux...", se souvient-elle avec émotion. "Il a fait une grande partie de sa carrière en Iran, on lui a reproché de ne pas avoir été plus politique. Mais ses films l'étaient, car ils parlent du féminisme, du suicide..."


Golshifteh Farahani : il a changé l'image de l'Iran

Son compatriote le réalisateur Asghar Farhadi a dit au quotidien britannique The Guardian qu'il était "en état de choc". "Ce n'était pas seulement un cinéaste. C'était un mystique moderne, tant dans son oeuvre que  dans sa vie privée."
 
"A lui seul, il a changé l'image de l'Iran", a tweeté l'actrice iranienne Golshifteh Farahani ("Poulet aux prunes", "Les deux amis", "Paterson").
 
Sur twitter nombre d'admirateurs citaient une phrase de Jean-Luc Godard : "Le cinéma naît avec Griffith et se termine avec Kiarostami."

Hommages officiels en Iran

L'Iran a rendu hommage au cinéaste, par la voix de son président, Hassan Rohani, qui a salué son "regard différent et profond" sur la vie. "Son appel à la paix et à l'amitié sera un acquis qui perdurera dans le septième art", a twitté le président, tandis que le ministre de la Culture et de la Guidance islamique, Ali Janati, saluait "un avant-gardiste à l'approche humaniste et morale". Avec des oeuvres novatrices, modernes et belles, il a donné une nouvelle définition au cinéma et porté haut le nom de l'Iran dans les milieux artistiques du monde", a écrit le ministre dans un message de condoléances publié par l'agence de presse Isna.

Dans toutes les salles du cinéma, la diffusion des films s'arrêtera à 22h locales et les spectateurs diront une prière en mémoire d'Abbas Kiarostami.

L'acteur iranien Shahab Hosseini, qui a remporté la palme d'or du meilleur acteur à Cannes en 2016, a salué la mémoire d'une "personnalité mondiale, respectable dont nous sommes fiers", qui a "toujours été un modèle de référence" pour acquérir un "esprit indépendant".

Le responsable de la Maison du Cinéma d'Iran, Reza Mir-Karimi, est parti pour la France afin d'accomplir les démarches nécessaires au rapatriement du corps et à  ses funérailles Iran.

François Hollande salue "un immense artiste"

Resté en Iran après la révolution islamique de 1979 et continuant à travailler avec le monde du cinéma à l'étranger, Abbas Kiarostami était toléré par le pouvoir même s'il avait parfois choqué les conservateurs dans son pays. Le film "Sang et Or" (2003), dont il avait écrit le scénario pour Jafar Panahi, avait été interdit en Iran

François Hollande a salué la  mémoire d'un "immense artiste" qui "avait su développer une oeuvre où la poésie conférait aux petites choses du quotidien une dimension particulière et universelle".

"Abbas Kiarostami avait tissé avec notre pays des liens artistiques étroits et des amitiés profondes", a ajouté le président français.