Majid Majidi réalise le film "Mahomet" pour casser "l'image violente" de l'islam

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/08/2015 à 12H23, publié le 25/08/2015 à 11H50
Le réalisateur iranien Majid Majidi le 24 août 2015 à Téhéran.

Le réalisateur iranien Majid Majidi le 24 août 2015 à Téhéran.

© BEHROUZ MEHRI / AFP

L'un des grands cinéastes iraniens, Majid Majidi, a réalisé "Mahomet", une super-production sur l'enfance du prophète pour en finir avec "l'image violente" de l'islam, explique-t-il. Le film sort mercredi 25 août en Iran.

Avec un budget d'environ 40 millions de dollars (34 millions d'euros), en partie financé par l'Etat, ce long-métrage le plus cher de l'histoire du cinéma iranien a été tourné dans une cité de La Mecque reconstituée au sud de Téhéran.

Une superproduction pour offrir une meilleure image de l'islam 

Outre sa sortie dans 143 salles en Iran, ce film de deux heures sera projeté jeudi en ouverture du festival du film de Montréal. Le réalisateur espère qu'il y suscitera l'intérêt de distributeurs européens. Pour Majid Majidi, ancien acteur de 56 ans qui a réalisé une bonne dizaine de films dont plusieurs primés à l'étranger ("Le secret de Baran", "Les enfants du ciel"...), le choix du sujet était évident.

"Ces dernières années, une mauvaise lecture de l'islam dans le monde occidental en a donné une image violente qui n'a strictement aucune relation avec sa vraie nature", affirme-t-il. A ses yeux, cette "mauvaise lecture" vient "de groupes terroristes" comme "l'Etat islamique qui n'ont pas de lien avec l'islam dont ils ont volé le nom" et qui veulent en projeter "une image terrifiante dans le monde".
Majid Majidi en 2001

Majid Majidi en 2001

© Hashem Attar / Kobal / The Picture Desk

"En tant qu'artiste musulman (...) mon objectif était de créer une vision (de l'islam) qui change de celle qu'a l'Occident" et qui se résume souvent à un "terrorisme islamique attaché à la violence", affirme le cinéaste. Or, selon lui, "l'islam c'est la concertation, la bonté et la paix". "Dans ce film, nous avons rendu hommage à d'autres religions, y compris le  christianisme et le judaïsme", ajoute-t-il.

La silhouette, mais pas le visage

Interrogé sur la polémique et les violences que pourrait provoquer son long-métrage dans le monde musulman qui proscrit toute représentation du prophète, Majid Majidi se veut confiant. "Des pays comme l'Arabie saoudite auront des problèmes avec ce film mais beaucoup d'autres pays musulmans l'ont réclamé", affirme-t-il. Au début de l'année, le grand imam de l'université Al-Azhar du Caire, Ahmed  al-Tayeb, une des plus hautes autorités de l'islam sunnite, avait rappelé son opposition à toute représentation du prophète, affirmant que cela équivalait "à rabaisser son statut spirituel".

"Mahomet" ne dépeint pas le prophète lui-même mais le monde tyrannique qui l'entoure tel qu'il le voit à travers ses yeux d'enfant, de sa naissance à l'âge de 13 ans, insiste le cinéaste. Par un jeu d'effets spéciaux, son visage n'apparaît jamais, "mais on voit sa silhouette et son profil". "Cela peut être dénoncé par les plus radicaux", reconnaît le réalisateur.

Une trilogie

Il pense que son film doit "unir" et non diviser les musulmans sunnites et chiites qui se déchirent pourtant dans plusieurs pays de la région, de l'Irak au Yémen en passant par la Syrie. "Il n'y avait pas de querelle à cette période" entre les deux grands courants à l'époque de Mohammet, précise-t-il. Le film a été montré avant sa sortie à des leaders religieux chiites et sunnites en Iran et en Turquie qui l'ont jugé "positivement", affirme Majid Majidi.

Il souhaite que "Mahomet" soit le premier d'une trilogie, car "on ne peut pas changer la mauvaise image de l'islam avec un seul film". Mais les autres productions ne seront pas "nécessairement réalisées par moi-même", affirme-t-il, invitant "tous les cinéastes musulmans" à suivre la voie. 


Un précédent film sur le prophète Mahomet, "Le Message", avait été réalisé en 1976 par le cinéaste américain d'origine syrienne Moustafa Akkad. Il comportait deux versions, anglaise et arabe, avec des acteurs différents, Anthony Quinn et Irène Papas étant les stars de celle en anglais. A l'époque, "Le Message" avait suscité la polémique et plusieurs salles où il était projeté avaient reçu des menaces de musulmans radicaux le jugeant blasphématoire.

La sortie du film reportée en Iran

La sortie du film, prévue le 26 août en Iran, a été décalée d'au moins une journée, pour des "raisons techniques". C'est ce qu'a annoncé le producteur et distributeur du film Mohammad Reza Saberi, précisant que le report était dû "à l'incompatibilité du son du film avec les systèmes de sonorisation" de plusieurs salles de cinéma.