"Léviathan" enfin en salles en Russie, sans les jurons

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/02/2015 à 15H14, publié le 05/02/2015 à 15H09
Alexei Serebriakov dans "Leviathan" d'Andrei Zviaguintsev

Alexei Serebriakov dans "Leviathan" d'Andrei Zviaguintsev

© Wild Bunch Germany

"Léviathan", du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, nominé aux Oscars 2015, est sorti jeudi sur les écrans en Russie dans une version censurée après plusieurs mois de retard et de polémique.

"Léviathan" raconte le combat d'un homme contre le maire corrompu de sa petite ville du nord de la Russie qui veut l'exproprier de chez lui pour récupérer son terrain.
 
Le film, qui a déjà obtenu le Golden Globe du meilleur film étranger et le prix du meilleur scénario au festival de Cannes, devait sortir en novembre, mais une nouvelle loi interdisant les jurons dans les œuvres publiques a retardé sa sortie.
 
Les spectateurs russes peuvent maintenant regarder, dans 650 salles à travers la  Russie, une version expurgée du film où les acteurs bougent leurs lèvres en silence au lieu de prononcer des gros mots.
"Léviathan" : la bande-annonce
 
Le réalisateur accusé de manquer de patriotisme
 
Interdit aux moins de 18 ans, "Léviathan" a suscité une forte controverse  dans son pays d'origine, accusé par le gouvernement de noircir l'image de la Russie et de manquer de patriotisme.
 
Le ministre russe de la Culture Vladimir Medinski, à l'origine de la loi interdisant les jurons, a personnellement attaqué le réalisateur et sa vision de la Russie, dans une interview au quotidien Izvestia le jour de la nomination du film aux Oscars.
 
"Qu'aime-t-il ? Les statuettes dorées et les tapis rouges, ça c'est sûr",  a-t-il lancé, ajoutant que le film, "dans sa course au succès international, est opportuniste au-delà de toutes proportions". Dénonçant le "désespoir existentiel" dans lequel, selon lui, baigne "Léviathan", le ministre estime qu'"il n'y a pas un seul héros positif" et que les protagonistes ne sont pas "de vrais Russes".
 
La réalisation a pourtant été en partie financée par le  gouvernement russe.
 
Pour les fondamentalistes orthodoxes, "Léviathan" est maléfique
 
Des fondamentalistes orthodoxes ont en outre appelé à l'interdiction du film, qui sous-entend que des prêtres sont impliqués dans la corruption. "Léviathan est maléfique, et il n'y a pas de place pour le mal au cinéma", a assuré Kirill Frolov, à la tête du groupe "Association des experts orthodoxes" alors que le porte-parole de l'Eglise orthodoxe a qualifié le film d'"antichrétien".
 
Beaucoup de critiques russes ont néanmoins prisé le film et rejeté les accusations portées contre le réalisateur. "Cela n'a pas de sens de débattre avec des thèses naïves et non professionnelles qui prétendent que Zviaguintsev décrit des personnages qui se noient dans la vodka et critique les autorités simplement pour être célébré dans les festivals occidentaux", écrit le critique de la Komsomolskaïa Pravda, Stass Tirkine.
 
Le film distribué dans plus de cinémas que prévu
 
Et "Léviathan" a été choisi par le comité russe des Oscars pour représenter le pays aux prestigieuses récompenses dans la catégorie du meilleur film étranger.
 
Grâce à la controverse qu'il a suscitée, le drame "a été distribué dans bien plus de cinémas que nous nous y attendions", remarque le producteur du film, Alexandre Rodnianski.
 
Le film, qui a été partagé illégalement en ligne, aurait déjà été regardé par trois à six millions de personnes avant sa sortie.
 
Le magazine culturel russe de référence Afisha a qualifié "Léviathan" de "plus grand film russe de la décennie, qui fait parler tout le monde pendant un mois, que ce soient des ministres ou des fermières en colère".