Les frères Lumière tournaient leur premier film il y a 120 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/04/2015 à 16H59, publié le 19/03/2015 à 09H59
Les frères Louis et Auguste Lumière

Les frères Louis et Auguste Lumière

© WILFRIED LOUVET / ONLY FRANCE

Il y a 120 ans, jour pour jour, les frères Lumière tournaient à Lyon leur premier film "La Sortie des usines Lumière à Lyon" le 19 mars 1895, marquant ainsi la naissance du cinéma. Aujourd'hui, plusieurs manifestations commémorent la naissance du 7e art, en pleine révolution numérique.

Alors que l'Américain Thomas Edison avait déjà inventé en 1891 la première caméra de cinéma (le Kinétographe), et un appareil qui permettait de voir des films, mais individuellement (le Kinétoscope), Louis Lumière met au point en 1895 une nouvelle invention: le Cinématographe, à la fois caméra et projecteur. 
"La Sortie de l'usine Lumière à Lyon" (1895) des frères Lumière
Si cette petite bande de moins de 50 secondes a un aspect documentaire, ses réalisateurs n'en on pas moins fait plusieurs prises avant d'avoir satisfaction, dirigeant même les figurants, en leur demandant de ne surtout pas regarder la caméra. Le hangar visible derrière eux existe toujours et donne accès à la salle de cinéma du Centre Lumière, qui jouxte le musée consacré aux deux inventeurs, à Lyon, dans la villa où habitait la famille. La rue, elle, porte désormais le nom de "rue du Premier film". 

Avec la possibilité de voir des films sur grand écran, les Lyonnais Louis Lumière et son frère Auguste vont jouer un rôle essentiel dans la naissance du spectacle de cinéma et d'une industrie, développée par Léon Gaumont dès 1895, et par Charles et Emile Pathé qui créent leur société en 1896. Car à la différence du kinétoscope d'Edison, le spectacle n'est plus individuel, mais collectif.

 "La grande quête du Graal de l'image industrielle au XIXe siècle après l'invention de la photo, c'est l'image animée. Voir ce spectacle-là, pour beaucoup, sera extraordinaire. C'est la vie représentée à l'écran, et en plus une vie immortalisée", souligne Michel Faucheux, maître de conférences à l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon et auteur d'une biographie des frères Lumière. Avec eux, "nous sommes entrés dans une civilisation de l'image, dont nous sommes toujours les héritiers", estime-t-il.

Après "La Sortie de l'usine Lumière à Lyon", et la première présentation de leur invention le 22 mars en petit comité, les frères Lumière tourneront notamment pendant l'été 1895 "L'Arroseur arrosé", la première fiction du cinéma. 
"L'Arroseur arrosé" (1895) des frères Lumière
La première projection publique de leurs films aura lieu fin décembre au Salon indien de l'hôtel Scribe à Paris. Début 1896, ils montrent le célèbre "L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat", avant d'envoyer des opérateurs réaliser près de 1.500 "vues cinématographiques" dans le monde entier.
"L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat" (1896) des frères Lumière
Exposition au Grand Palais et au Cenquatre à Paris

Une exposition intitulée "Lumière! Le cinéma inventé", consacrée à l'oeuvre des frères Lumière, s'est ouverte le 27 mars au Grand Palais à Paris et le restera jusqu'au 14 juin pour fêter cet anniversaire.

Elle aborde l'histoire de leur invention, mais aussi les autres dimensions de l'épopée artistique et industrielle de la famille Lumière, tandis que leurs films sont montrés pour la première fois dans l'intégralité de leur catalogue. 

Ainsi, si les frères Lumière sont connus et reconnus comme les inventeurs du "cinématographe", celui-ci n'était pas leur principale préoccupation. Ils déposèrent ainsi nombre de brevet, dont un des plus célèbres est celui d'un pansement contre les brûlures, le "tulle gras", inventée durant la Première Guerre mondiale. Mais leur principal centre d'intérêt était la photographie en couleurs, invention qu'ils concrétisèrent avec les "autochromes", photographies sur verre aux teintes merveilleuses, dont le principe reposait sur une réaction chimique à base de fécule de pomme de terre.
Autochrome Anna de Noailles (1913) par Desmoulins

Autochrome Anna de Noailles (1913) par Desmoulins

© CCI / The Art Archive / The Picture Desk
"C'est un patrimoine immense et surtout c'est un patrimoine méconnu. Personne n'a jamais vu les 1.422 films produits par la société Lumière", souligne Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière à Lyon et commissaire de l'exposition avec le critique Jacques Gerber. Près de 200 films Lumière seront aussi restaurés à cette occasion.

Autre manifestation pour l'anniversaire du cinéma, une exposition se tiendra du 15 avril au 5 août au Centquatre à Paris consacrée à Gaumont, qui fête également ses 120 ans.

"120 ans de cinéma : Gaumont, depuis que le cinéma existe", se voudra une "exposition spectacle", mettant en scène la rencontre entre le cinéma et des artistes contemporains, dont la plasticienne Annette Messager et l'artiste Alain Fleischer, selon son commissaire Dominique Païni.

"Les frères Lumière ont inventé le cinématographe et Léon Gaumont a inventé l'industrie cinématographique, le commerce, c'est-à-dire le spectacle", juge-t-il. Le cinéma "fut une révolution prométhéenne, car tout à coup, l'homme ne reproduisait pas son image, mais l'image de son mouvement".
Le cinéma premier d'Alice Guy, cinéaste de chez Gaumont
Pour lui, le numérique, qui a permis l'entrée du cinéma dans une nouvelle ère depuis le début des années 2000, "a apporté une chose fondamentale : la vitesse de restitution des images". Mais "c'est une révolution et ce n'en est pas une", tempère-t-il. 

"Aujourd'hui, si la technique a changé, l'esprit reste le même", développe Thierry Frémaux. "Aller au cinéma, faire un film... Tout cela reste identique à l'esprit de 1895".