Le film "Mahomet" objet de tensions entre chiites et sunnites

Par @Culturebox
Publié le 02/09/2015 à 17H06
Le réalisateur iranien Majid Majidi, le 27 août 2015 à Montréal.

Le réalisateur iranien Majid Majidi, le 27 août 2015 à Montréal.

© Clement Sabourin / AFP

Avec le film "Mahomet'", le réalisateur iranien Majid Majidi souhaitait "casser l'image violente" de l'islam qu'en donnent les groupes armés djihadistes. Il espérait aussi "unir" les musulmans sunnites et chiites qui se déchirent au Moyen-Orient. Cela n'en prend pas le pas. Le grand Mufti d'Arabie saoudite vient de jeter l'anathème sur le film qu'il juge "hostile à l'islam".

"C'est un film païen et une oeuvre hostile à l'islam", a lancé le mufti dans une déclaration publiée mercredi par le quotidien Al-Hayat, ajoutant que sa projection était "illicite selon la charia". "C'est une distorsion de l'islam", a encore dit le plus haut dignitaire religieux de l'Arabie saoudite, chef de file de l'islam sunnite, en rivalité avec l'Iran chiite.

Sorti fin août en Iran où il fait salles combles, "Mahomet ", une grande fresque sur le prophète fondateur de l'islam réalisée par le cinéaste iranien Majid Majidi, raconte la vie d'enfant du prophète de sa naissance à l'âge de 13 ans. Le réalisateur a indiqué que ce film était le fruit d'une interprétation issue d'un long travail de recherche mené "avec des historiens chiites et sunnites".

Le film ne montre Mahomet qu'en silhouette

Dans ce film, considéré comme le plus cher de l'histoire du cinéma iranien (34 millions d'euros) et financé en partie par l'Etat iranien, le visage de Mahomet enfant n'apparaît jamais, seulement sa silhouette.

L'action se déroule principalement dans une cité de La Mecque reconstituée au sud de Téhéran, le plus souvent vue à travers les yeux du prophète même si toute la première partie du film se déroule avant sa naissance, au sixième siècle.

Le jeune Mahomet est toujours vêtu de blanc. Le visage des acteurs l'interprétant, nourrisson, enfant ou pré-adolescent, n'est jamais montré. Un procédé, selon le réalisateur, visant à "simplement respecter un ancien sens commun parmi les musulmans de ne pas représenter le prophète Mahomet ".

En début d'année, le grand imam de l'université Al-Azhar du Caire, Ahmed al-Tayeb, une des plus hautes autorités de l'islam sunnite, avait déjà rappelé son opposition à toute représentation du prophète, affirmant que cela équivalait "à rabaisser son statut spirituel".

Chahuté au festival de Montréal

Au festival de Montréal où il était projeté le week-end passé, le film a été chahuté par des opposants au régime iranien. Selon Fakhri Javaheri - opposante au régime qui assure avoir été emprisonnée pendant quatre mois dans les geôles de Téhéran et vit en exil au Canada depuis 2007 - il s'agit d'un film "payé par les dirigeants iraniens (...) afin de montrer au monde qu'ils ont de bons sentiments".