Le cinéma grec, stimulé par la crise, brille dans les festivals

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/03/2014 à 10H03, publié le 17/03/2014 à 09H57
Le réalisateur grec Alexandros Avranas reçoit un Lion d'argent du meilleur réalisateur pour "Miss Violence" (9 septembre 2013)

Le réalisateur grec Alexandros Avranas reçoit un Lion d'argent du meilleur réalisateur pour "Miss Violence" (9 septembre 2013)

© Ekaterina Chesnokova / Ria Novosti / AFP

La crise économique qui sévit en Grèce depuis six ans a paradoxalement engendré une renaissance de son cinéma, qui, malgré des conditions de réalisation plus difficiles, se fait remarquer dans les festivals, de Venise aux Oscars.

La récession, qui a coûté à des dizaines de milliers de familles leur emploi ou leur logement, a suscité l'intérêt pour des histoires parfois dramatiques que les cinéastes ont su raconter, malgré des budgets restreints.
 
Ainsi l'an dernier, Alexandros Avranas, 36 ans, a remporté le Lion d'argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise avec "Miss Violence",  film sur le suicide d'une jeune fille de onze ans, et le prix du meilleur acteur pour Themis Panou.
La bande-annonce de "Miss Violence" d'Alexandros Avranas, Lion d'argent à Venise
Les manifestations ont attiré l'attention à l'étranger
En 2009, "Canine", de Yorgos Lanthimos, 41 ans, portrait d'une famille grecque dysfonctionnelle, a gagné le prix "Un certain regard" à Cannes, avant d'être nominé comme meilleur film étranger aux Oscars, du jamais vu en Grèce depuis plus de 30 ans.
 
"La crise a mis la Grèce sous les projecteurs, et cela a stimulé les cinéastes", estime Gregory Karantinakis, directeur général du Centre du cinéma grec (CCG), l'organisme public de soutien au cinéma grec.
 
Un flux ininterrompu d'images sur les manifestations anti-austérité, parfois violentes, ont attisé l'intérêt pour le pays. "Les gens ont essayé de comprendre ce qui s'y passait", résume-t-il.
La bande-annonce de "Alps" de Yorgos Lanthimos, meilleur scénario à Venise
Un succès sans précédent depuis Theo Angelopoulos
Yorgos Lanthimos a remporté le prix du meilleur scénario à la Mostra 2011 avec "Alps", où un groupe d'acteurs aident les autres à faire leur deuil en incarnant leurs chers disparus. Le voilà maintenant sur la scène internationale, dirigeant son premier film en anglais, "Lobster", drame amoureux futuriste avec Colin Farrell et Rachel Weisz.
 
Le cinéma grec connaît ainsi une vague de succès sans précédent depuis Theo Angelopoulos, décédé en 2012, Palme d'Or du Festival de Cannes pour "L'éternité et un jour" en 1998.
 
"La crise a été d'une aide inattendue, en faisant se rencontrer des gens très créatifs et en les contraignant à travailler ensemble", remarque l'acteur d'origine grecque Georges Corraface, qui travaille aussi en France et aux Etats-Unis. Il souligne "l'extraordinaire travail réalisé avec presque rien", et "le buzz" créé par ce nouveau cinéma grec dans les festivals.
La bande-annonce de "Canine" de Yorgos Lanthimos, prix "Un certaine regard" à Cannes en 2009
Moins de subventions
Les troubles sociaux ont toujours inspiré l'art, remarque Gregory Karantinakis.  Dans un pays où le chômage atteint 27% de la population et touche 60% des jeunes, "beaucoup de choses couvaient sous la surface, et la nouvelle  génération de cinéastes éprouve la nécessité de les dire, et même l'urgence",  remarque Yorgos Zois, 33 ans, ancien étudiant en mathématiques et physique appliquées. Primé pour des courts métrages, il entame la réalisation de son  premier long.
 
Mais le cinéma subit aussi les conséquences de la crise : les finances se sont taries. Avant, le secteur comptait sur les subventions du CCG et de l'ancienne télé publique ERT. Mais depuis cinq ans, les subsides du CCG ont chuté de 35% et les ventes de tickets de 45%. Et l'an dernier, le gouvernement a fermé ERT du jour  au lendemain, gagnant d'un coup 2.000 emplois publics pour se conformer aux préconisations de ses créanciers internationaux.
 
Des réalisateurs moins gourmands
Ce tarissement a curieusement réveillé le secteur, qui ne compte désormais plus sur l'Etat. "Avant la crise, les réalisateurs demandaient 300.000 à 500.000 euros par film, maintenant, ils les font pour 100.000", indique sous couvert d'anonymat un connaisseur du secteur.
 
Et la qualité ne semble pas en pâtir : "Quand il y avait de l'argent, sur une quinzaine de films tournés chaque année, il pouvait n'y en avoir que deux effectivement projetés en salle, et certains réalisateurs s'en fichaient", résume ce spécialiste.
 
Désormais, selon Yorgos Zois, les films grecs sont soit réalisés à petit budget, soit en coproduction européenne. Et les réalisateurs ont compris qu'il leur faut émouvoir le public s'ils veulent surmonter la barrière de la langue, qui a traditionnellement limité la distribution des films grecs. "Il y a très peu de place pour les films grecs", remarque Georges Corraface, "il faut donc qu'ils choquent un peu, qu'ils réveillent les gens, et je crois que les Grecs" l'ont compris.