Le cinéma bigarré de Bollywood s'offre son premier musée à Bombay

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/03/2014 à 13H10, publié le 14/03/2014 à 09H18
Des touristes assistent à une scène de tournage à Mumbai (janvier 2014)

Des touristes assistent à une scène de tournage à Mumbai (janvier 2014)

© Bollywood s'apprête à accueillir son premier musée du cinéma

Le premier musée du cinéma indien s'apprête à ouvrir à Bombay, le coeur de Bollywood, après sept ans de travaux, célébrant plus d'un siècle d'un art exubérant et haut en couleurs. Les amateurs de ce cinéma bigarré, semé de danses et de chansons, pourront en retracer l'histoire depuis les films muets en noir et blanc jusqu'aux populaires blockbusters des dernières années.

Le Musée national du cinéma indien, financé par l'Etat, aura coûté 20 millions de dollars d'investissement. "Il est temps pour l'Inde d'avoir son musée du cinéma. Nous avions des archives mais pas de musée. Et de nos jours un musée peut être vivant grâce à la technologie et l'interactivité", a déclaré son conservateur, Amrit Gangar. Sur deux étages d'un immeuble de 560 m2, il présente des objets d'antiquités, des souvenirs, des enregistrements et des outils de production de film.
Photos de musiciens et chanteurs de légende, à Mumbai (janvier 2014)

Photos de musiciens et chanteurs de légende, à Mumbai (janvier 2014)

© INDRANIL MUKHERJEE / AFP
Les visiteurs peuvent voir une affiche peinte du mélodrame de 1957 "Mother India" et écouter chanter K.L. Saigal, considéré comme la première superstar du cinéma en hindi. Le musée ne se contente pas de célébrer le cinéma indien en hindi, connu sous le terme générique de Bollywood, mais aussi les films tournés dans d'autres langues et d'autres régions de l'Inde, un pays qui produit 1.500 films par an de plus en plus exporté dans le monde. "Toutes les facettes du cinéma indien sont représentées", explique Anil Kumar, directeur marketing de Films Division of India, une organisation gouvernementale soutenant la production de films.

Il ne reste qu'1% des premiers films muets

Les concepteurs du projet ont dû se résigner à d'importants manques dans leur quête de pièces pour représenter la patrimoine cinématographique du pays : nombre des premiers films n'ont pas été conservés. La dernière copie existante du premier film parlant indien, Alam Ara (la lumière du monde) sorti en 1931, a été détruite dans un incendie en 2003. "Il ne reste ainsi qu'1% des premiers films muets. Ce n'est donc pas un musée de collections mais d'information, d'interaction et d'éducation via une expérience sensorielle", estime Gangar. Obtenir des objets originaux a aussi constitué un défi affirment ses créateurs. "Nous n'en avons pas obtenu beaucoup, seulement quelques objets par des donations et des achats. De nombreux objets appartiennent à des collectionneurs privés", relève Kumar.
Des touristes devant des décors à Mumbay (janvier 2014)..

Des touristes devant des décors à Mumbay (janvier 2014)..

© INDRANIL MUKHERJEE / AFP
Sur un écran tactile, les visiteurs peuvent visionner des extraits de films muets comme "Prem Sanyas" (la lumière d'Asie, 1925). Le premier long métrage indien "Raja Harishchandra", projeté pour la première fois le 3 mai 1913 à Bombay, montrera les premiers pas de Bollywood. Inspiré du récit hindou "Mahabharata", le film est devenu un succès en dépit de l'absence d'actrice, les personnages féminins étant interprétés par des hommes à une époque où le métier d'actrice était réprouvé.
Posters de films à l'intérieur du musée du cinéna à Mumbai (janvier 2014)

Posters de films à l'intérieur du musée du cinéna à Mumbai (janvier 2014)

© INDRANIL MUKHERJEE / AFP

 Quand Bollywood s'inspire d'Hollywood 

A la différence d'Hollywood, situé dans une partie de Los Angeles, Bollywood ne désigne pas un quartier mais l'industrie du cinéma en hindi, dont l'épicentre est Bombay. Les studios tournent généralement dans le complexe "Film City" dans le nord de Bombay ou dans des paysages pittoresques à l'étranger. Les anciens lieux de tournages comme les studios "Bombay Talkies" ont été laissés à l'abandon. Mais des projets ont émergé récemment pour raconter l'histoire cinématographique de la ville. En 2012, un "Walk of the Stars" (promenade des stars) a été installé sur une promenade du front de mer, dans le style du "Walk of Fame" d'Hollywood, avec les empreintes de main et les signatures d'acteurs connus. En 2013,, un artiste de la ville a commencé à peindre sur d'immenses façades de la ville des affiches de classiques pour le centenaire de l'industrie du cinéma indien.

Les Bollywood Tours

Mais le potentiel touristique de Bollywood commence à être exploité avec des itinéraires à thème baptisés "Bollywood Tours" qui passent devant le domicile de stars et font visiter des studios de Film City. Les circuits les plus chers, vendus 3.250 roupies (près de 40 euros) proposent de jeter un oeil sur un plateau de tournage en plein rush avec ses acteurs outrageusement maquillés, entourés de grues et de projecteurs. "L'idée de ces itinéraires est d'offrir un aperçu de Film City et de montrer comment fonctionne Bollywood", explique Manoj Gursahani, président de TravelMartIndia qui organise ces balades.