Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov condamné en Russie à 20 ans de prison

Par @Culturebox
Publié le 25/08/2015 à 13H56
Le réalisateur Oleg Sentsov le 27 juillet 2015, dans le box des accusés du tribunal militaire de Rostov sur le Don. 

Le réalisateur Oleg Sentsov le 27 juillet 2015, dans le box des accusés du tribunal militaire de Rostov sur le Don. 

© SERGEY VENYAVSKY / AFP

Le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov, opposant à l'annexion de la Crimée par la Russie, a été condamné le 25 août pour "terrorisme" à 20 ans de prison par un tribunal de Rostov-sur-le-Don, dans le sud de la Russie. Son co-accusé, Alexandre Koltchenko, a été condamné à 10 ans de prison.

Oleg Sentsov et  Alexandre Koltchenko comparaissaient pour "terrorisme", "organisation d'un groupe  terroriste" et "trafic d'armes", dans une affaire qu'ils jugent politique, dans la ville russe de Rostov-sur-le-Don.

Une sourire comme réponse

"La cour a condamné Oleg Sentsov à 20 ans de prison", a déclaré le juge lors du très court énoncé du verdict. Le co-accusé du réalisateur, Alexandre Koltchenko, a été lui condamné à 10  ans de prison. A l'énoncée du verdict, les deux hommes sont apparus souriants et  provocateurs et ont entamé l'hymne national ukrainien.

Actes de torture

La semaine dernière, le procureur avait requis 23 ans de prison contre Oleg Sentsov et 12 contre Alexandre Koltchenko. Leurs avocats avaient pour leur part plaidé l'acquittement, affirmant que  le réalisateur n'avait "jamais créé la moindre organisation terroriste". Le réalisateur de 39 ans avait préféré évoquer les actes de torture dont il affirme avoir été victime en prison.

"Quand on vous met un sac sur la tête, qu'on vous frappe, vous pouvez en une demi-heure oublier ce en quoi vous croyez et avouer tout ce qu'on vous demande. Mais que valent vos convictions si vous n'êtes pas prêt à souffrir pour elles ?", avait-il lancé lors de sa déclaration finale, conclue par des applaudissements dans le public.

Les accusations

Arrêté en mai 2014 à son domicile de Crimée, M. Sentsov est accusé d'avoir coordonné un groupe d'activistes affiliés au mouvement paramilitaire ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (Secteur Droit), qui avaient pour mission de frapper les organisations prorusses et les infrastructures de la  péninsule. Il est depuis détenu dans la prison de haute sécurité moscovite de Lefortovo, administrée par les services secrets russes. Mais s'il a reconnu lors de son procès avoir été présent à Kiev pendant le Maïdan, le mouvement de contestation pro-européen ayant mené à la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, Oleg Sentsov a nié en bloc les faits qui lui sont reprochés.

L'Union européenne, les Etats-Unis et le président ukrainien Petro Porochenko ont appelé à sa libération, le réalisateur recevant aussi le soutien de ses collègues. La European Film Academy, qui regroupe quelque 3.000 professionnels du cinéma, a lancé une pétition de soutien pour exigersa libération.Ken Loach, Wim Wenders ou Aki Kaurismäki font partie des signataires. Plusieurs cinéastes russes, d'Alexandre Sokourov au conservateur Nikita  Mikhalkov, ont pour leur part demandé au président Vladimir Poutine sa libération. Samedi, Andreï Zviaguintsev, dont le film "Leviathan" a été récompensé au festival de Cannes en 2014 et aux Golden Globes en 2015, a à son tour apporté son soutien à Oleg Sentsov. Lundi, l'ONG Amnesty International a dénoncé un procès "injuste" et "rempli  d'irrégularités".

Le premier film d'Oleg Sentsov, "Gamer", avait été récompensé en 2012 au festival du film de Rotterdam aux Pays-Bas, lui permettant de trouver un financement pour un deuxième long-métrage interrompu par la révolution ukrainienne. Il n'est pas le seul Ukrainien incarcéré en Russie pour "terrorisme" ou "espionnage". Selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine, "onze prisonniers politiques ukrainiens sont incarcérés dans les prisons russes". "Pour certains d'entre eux, nous ne disposons même pas d'un accès consulaire", a-t-il déclaré aux médias ukrainiens, début août. Le cas le plus connu est celui de la pilote d'hélicoptère Nadia Savtchenko, inculpée du meurtre de deux journalistes russes dans l'est de l'Ukraine en juin 2014. Elle va être jugée dans la ville russe de Donetsk et risque jusqu'à 25 ans de prison.