La mort du réalisateur Andrzej Żuławski

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/02/2016 à 11H56, publié le 17/02/2016 à 12H07
Andrzej Żuławski au Festival du film de Moscou (2006)

Andrzej Żuławski au Festival du film de Moscou (2006)

© Misha Japaridze / Sipa

Réalisateur de cinéma parfois controversé, metteur en scène de théâtre, scénariste et écrivain polonais, Andrzej Żuławski s'est éteint mercredi à l'âge de 75 ans, des suites d'un cancer, a confirmé l'association des cinéastes polonais.

Récit : F. Nicotra  A. Bortot

On doit notamment à Andrzej Żuławski, cinéaste radical et novateur, les films "L'important c'est d'aimer" (1975) avec Romy Schneider et Jacques Dutronc, "Possession" (1981) avec Isabelle Adjani, "L'amour braque" (1985) avec Sophie Marceau, ou encore "Mes nuits sont plus belles que vos jours" (1989), toujours avec Sophie Marceau et Jacques Dutronc.

"L'important c'est d'aimer" d'Andrzej Żuławski (1975) : la bande-annonce

Né le 22 novembre 1940 à Lviv (ville située actuellement en Ukraine), fils du diplomate et écrivain Mirosław Żuławski (1913-1995), Andrzej Żuławski a effectué plusieurs années de sa scolarité en France. Étudiant à l'Institut des Hautes Études cinématographiques (IDHEC) de 1957 à 1959, il a travaillé, en Pologne, comme assistant d’Andrzej Wajda entre 1960 et 1966. Entre-temps, il a suivi des études de philosophie à l’Université de Varsovie et de sciences politiques à la Sorbonne.

À cette époque, Andrzej Żuławski publie des textes sur le cinéma et des poèmes. Il débute en 1967 avec un moyen métrage pour la télévision, "Pieśń triumfującej miłości" ("Le Chant de l’amour triomphant"), distingué par le diplôme d’honneur de la Los Angeles Academy of Television Arts and Sciences en 1968.

Brimé par la censure

En 1971, il réalise son premier long métrage "Trzecia część nocy" ("Troisième partie de la nuit") qui remporte des prix internationaux. En 1972, son film "Le Diable" est interdit par la censure polonaise en raison de la violence de certaines scènes. Il part alors continuer sa carrière en France.

En 1974, Andrzej Żuławski coadapte et réalise "L’important c’est d’aimer", avec notamment Romy Schneider, tiré du roman de Christopher Frank "La Nuit américaine". Grâce au succès du film, il retourne en Pologne. Entre 1976 et 1977, il tourne un film de science-fiction adapté de l'œuvre de son grand-oncle, Jerzy Żuławski, "Le Globe d'argent". Mais le tournage est interrompu par les autorités polonaises neuf jours avant la fin. Le film ne verra le jour qu’en 1987, quand la censure connaîtra ses derniers jours.

"Possession" (1981) : la bande-annonce

À Berlin, à l'aide d'un scénario écrit en 1978, Żuławski tourne la coproduction franco-allemande "Possession", crise conjugale entre un agent secret et une femme possédée par une force étrange. Présenté à Cannes, "Possession" vaut à Isabelle Adjani le Prix d'interprétation féminine.

Isabelle Adjani dans "Possession" d'Andrzej Żuławski (1981)

Isabelle Adjani dans "Possession" d'Andrzej Żuławski (1981)

© Nana production/Sipa

Trois films avec Sophie Marceau

En 1985, le tournage de "L'Amour braque", adaptation libre de "L’Idiot" de Dostoïevski, permet au cinéaste de rencontrer Sophie Marceau, de 26 ans sa cadette, qu'il épousera et qu'il dirigera dans "Mes nuits sont plus belles que vos jours" (1989), avec Jacques Dutronc, d'après le best-seller de Raphaële Billetdoux, puis, plus tard, "La Fidélité" (2000). Sophie Marceau partagera la vie du cinéaste durant 17 ans, jusqu'en 2001. Ils auront un fils, Vincent, né en 1995. Le cinéaste a eu deux autres fils, Xawery et Ignacy, l'un avec l'actrice polonaise Malgorzata Braunek, puis avec la peintre Hanna Wolska.

Outre le cinéma, nommé chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 1996, Żuławski a travaillé également pour le théâtre. Il a écrit deux livres sur sa rupture avec Sophie Marceau.


Son dernier film "Cosmos", adapté d'un roman de Witold Gobrowicz, est sorti en 2015. En 2004, interviewé par Paris-Match, il a expliqué par son passé familial les sources d'une œuvre empreinte de désespoir : "Ma famille est entrée dans la guerre à quarante, elle en est ressortie à trois... ma petite sœur est morte de faim... Enfant, j'ai vu des choses que je n'aurais pas dû voir. C'est sans doute ce qui m'a donné le sentiment que chaque jour est un miracle..."

Réactions

En réaction à sa mort, l'ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob a dressé un hommage au style télégraphique en quatre tweets, le deuxième ci-dessous.



Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma, cité par l'AFP, a a estimé que "le réalisateur de 'La femme publique' et de 'L'important c'est d'aimer', qui avait offert à ses actrices des rôles d'une grande intensité, (avait) séduit le public avec des oeuvres sans concessions. Le cinéma européen perd un créateur d'une grande sincérité".

Des hommages ont suivi en Pologne, à commencer par le critique de cinéma Janusz Wroblewski : "C'est une grande perte pour le cinéma polonais et mondial. Nombre de ses films entreront dans l'histoire notamment 'La Troisième partie de la nuit' (1971) et 'Le Diable' (1972, bloqué pendant 16 ans par la censure). Zulawski a été un réalisateur très radical et novateur pour son époque. Il a su élaborer son propre langage, très personnel et original. Il était provocateur en brisant de nombreux mythes polonais. Et il a introduit l'érotisme dans ses films. (...) Ses films sont aujourd'hui des classiques du cinéma mais, à l'époque, c'étaient des œuvres d'avant-garde."

C'était "un artiste très original, parfois controversé mais toujours fidèle à lui-même", a déclaré mercredi à la télévision privée Polsat le président de l'Association des cinéastes polonais, Jacek Bromski.