L'étonnant hommage d'Abdellatif Kechiche au Front national

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/12/2015 à 14H17, publié le 24/12/2015 à 14H14
Abdellatif Kechiche en Roumanie en octobre 2013

Abdellatif Kechiche en Roumanie en octobre 2013

© Daniel Mihailescu / AFP

Le réalisateur de "La vie d'Adèle", Abdellatif Kechiche, opposé à ce que son film puisse être vu par des jeunes adolescents, a fustigé jeudi le recours envisagé par le ministère de la Culture contre la récente annulation du visa d'exploitation. Il a aussi estimé que "le seul parti de gauche (était) peut-être le Front national".

"Pour le ministère de la Culture, cette histoire est surtout l'occasion de taper sur une association catholique liée au Front national et d'utiliser mon film dans ce but. Je ne suis pas d'accord !", déclare le réalisateur dans un entretien à Paris Match.
 
"Promouvoir", une association proche des catholiques traditionalistes, a obtenu début décembre de la justice que l'interdiction aux moins de 12 ans de "La Vie d'Adèle", Palme d'or à Cannes, soit réexaminée. La justice a estimé que "plusieurs scènes de sexe présentées de façon réaliste" étaient "de nature à heurter la sensibilité du jeune public".

"Je ne concevais pas que le film soit vu par des enfants de 12 ans"

Le ministère de la Culture avait immédiatement annoncé son intention d'introduire un recours devant le Conseil d'Etat. Dans Paris Match, Abdellatif Kechiche "remercie" l'association en estimant "qu'elle a mis le doigt sur les dysfonctionnements de la commission de classification" des films.

"Lors de la sortie, j'ai bien dit à Wild Bunch, le distributeur, que je ne concevais pas que le film soit vu par des enfants de 12 ans. En cherchant absolument à viser un public jeune contre ma volonté, il a détourné mes intentions. Et aujourd'hui, la ministre de la Culture, en association avec Wild Bunch, veut se pourvoir en cassation sans tenir compte de mon avis ! Pire : en m'invitant carrément à fermer ma gueule", dénonce le réalisateur.

"Je suis l'un des derniers survivants de la gauche"

"La liberté d'expression n'est plus", ajoute-t-il, en évoquant la situation politique française. Se présentant comme "l'un des derniers survivants de la gauche", le réalisateur estime que "le seul parti de gauche, c'est peut-être le Front national aujourd'hui." "Je combats encore beaucoup de ses idées, mais je ne refuse pas le dialogue", ajoute-t-il au sujet du FN, un parti qu'on "ne cesse de diaboliser comme on a diabolisé en 1974 le Parti socialiste en disant qu'on risquait le retour des chars dans Paris".