"Instinct de survie" au cinéma : une "caricature éculée" des requins ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/08/2016 à 17H52, publié le 18/08/2016 à 17H33
Pour le responsables du musée océanograpqie de Monaco,  "le grand requin blanc n'est pas qu"un affreux chasseur de chiar humaine".

Pour le responsables du musée océanograpqie de Monaco,  "le grand requin blanc n'est pas qu"un affreux chasseur de chiar humaine".

© France 3 Culturebox

Sorti au cinéma le 17 août, "Instinct de survie" (titre original "The Shallows") met face à face une surfeuse – Blake Lively – et un grand requin blanc qui ne lui veut pas que du bien. De quoi alimenter l’image de tueur qui colle à la peau du mammifère et faire bondir ceux qui, comme au Musée océanographique de Monaco, essaient de rétablir la vérité sur le comportement des requins.

Dans "Instinct de survie", le réalisateur espagnol Jaume Collet-Serra (un spécialiste des films d’action qui a déjà signé "Non-stop" et "Night Run avec Liam Neeson qui a aussi donné dans l’épouvante avec "La Maison de Cire" et "Esther")  confronte la blonde Blake Lively à un grand requin blanc (créé entièrement par ordinateur). Durant 1h27, perchée sur un bout de rocher à quelques mètres du rivage, elle va batailler contre l’animal et tenter de regagner la terre ferme.

Des clichés qui ont veilli ?

Difficile de ne pas penser aux "Dents de la mer" de Spielberg sorti en 1975 et qui a marqué des générations de spectateurs. Face à cette comparaison, le réalisateur Jaume Collet-Serra souligne que "si on doit comparer "The Shallows" à un film de Steven Spielberg, il est plus proche de "Duel" que des "Dents de la mer". Tout est dans l’affrontement de deux êtres résolus, l’un à tuer, l’autre à vivre."

Mais pour les spécialistes des requins, nous ne sommes plus en 1975. "A l’époque", explique Robert Calcagno, directeur général du musée océanographique de Monaco, "notre connaissance de la biologie des requins et des équilibres dans les océans était moins élaborée". Auteur d’un livre "Requins, au delà du malentendu "  (Editions du Rocher) il s’insurge contre les clichés véhiculés par ce film.

Reportage : E. Weil  / D. Delahaye / P. Pauron

Davantage d'attaques mais moins de risque 

En 2015, il y a eu 98 attaques de requins dans le monde, un record (le précédent remontait à 2000 avec 88 attaques). Mais elles n’ont pas fait davantage de morts. Six personnes ont succombé à des morsures de squales, ce qui reste dans la moyenne des dix dernières années (10 morts en moyenne).  

Le nombre d’attaques augmente, c’est un fait, mais le risque de se faire attaquer a quant à lui baissé. Car il faut intégrer le fait que les activités nautiques se sont démocratisées et que le nombre de personnes se baignant dans les océans a considérablement augmenté. En Californie, le nombre de surfeurs a été multiplié par 125 entre 1950 et 2013, celui de plongeurs par 204 entre 1960 et 2013. (voir l'article de Sciences et Avenir)

Le requin est loin d'être l'animal faisant le plus de victimes dans le monde. En nombre de morts, il arrive après le moustique, le serpent, le scorpion, l’hippopotame, le crocodile, l’éléphant, l’abeille, la méduse et la fourmi... Mais si un seul moustique peut vous bousiller une nuit de sommeil (voire plusieurs) et  vous transfomer en zombie,  pour un cinéaste, difficile d'en faire un face à face palpitant et un peu sanguinolent d'1h27 capable de déplacer les foules !