[DEAUVILLE] "Love Is Strange" : les vertiges de l'amour

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 13/09/2014 à 12H41, publié le 12/09/2014 à 23H34
Alfred Molina et John Lithgow dans "Love Is Strange" d'Ira Sachs

Alfred Molina et John Lithgow dans "Love Is Strange" d'Ira Sachs

© Pretty Pictures

Un beau casting préside à l'affiche de "love Is Strange", en compétition à Deauville, où figurent Alfred Molina, John Lithgow et Marisa Tomei. Histoire d'un vieux couple gay, le film a reçu un bel accueil de la presse américaine. Son réalisateur Ira Sachs avait remporté le Prix Teddy du meilleur film gay ou transgenre à Berlin en 2012 avec "Keep the Lights On". C'est sa 3e sélection à Deauville.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

De Ira Sachs (Etats-Unis/France), avec :  Alfred Molina, John Lithgow, Marisa Tomei - 1h34 - Sortie : 12 novembre

Synopsis : Après trente-neuf ans de vie commune, George et Ben décident de se marier. Mais au retour de leur voyage de noces, George se fait subitement licencier. Du jour au lendemain, le couple n'est plus en mesure de rembourser le prêt de son appartement new-yorkais. Contraints de vendre et de déménager, ils vont devoir compter sur l'aide de leur famille et de leurs amis. Une nouvelle vie les éloignant l'un de l'autre s'impose alors dans leur quotidien.
"Love Is Strange" : la bande-annonce
La tête froide
Histoire extrêmement touchante que celle de "Love Is Strange", où un couple gay vieux de 40 ans décide tardivement de se marier, puis est obligé de quitter son appartement, et d’être hébergé séparément dans de la famille ou chez des amis, en raison de problèmes financiers. George enseigne la musique et Ben est galeriste, tout en se consacrant à sa peinture. Ils ont toujours vécu ensemble, s’aiment d’un amour véritable, en parfaite autonomie. Leur destin bascule du jour au lendemain par cette séparation forcée, et la vie dans la promiscuité de leurs hôtes.

Ira Sachs ne tombe aucunement dans le pathos ou le mélodrame. Ses personnages sont écrits avec une justesse de tous les instants, dans leur profil psychologique bien trempé, servis par Alfred Molina et John Lithgow, tous deux remarquables, en formant un couple parfaitement ajusté. On y croirait. Et on y croit. S’ils vivent un drame, ils n’en gardent pas moins la tête froide, sachant qu’ils s'en tireront bien, prenant les choses avec philosophie, sans jamais perdre ni leur légèreté, ni leur humour communicatif.
Alfred Molina et John Lithgow dans "Love Is Strange" d'Ira Sachs

Alfred Molina et John Lithgow dans "Love Is Strange" d'Ira Sachs

© Pretty Pictures
Les quatre âges de l’amour
La mise en scène d’Ira Sachs est toute en douceur et constante, d’un ton jovial et enlevée. Rarement l’amour aura été traité avec autant de tact, de discrétion et de pudeur. Si celui entre George et Ben est au cœur du film, il l’aborde à tous les âges de la vie : par l’amour enfantine, jamais révélée à sa secrète dulcinée, que narre le jeune Joey ; il clora le film au côte d’une adolescente de son âge. Il y a également ses parents, au milieu de leur vie, dont le couple est parasité par les habitudes et le travail. Il y a enfin George et Ben, à l’amour véritablement mature, arrivé comme au faîte de l’expérience de deux vies.

Ira Sachs distille beaucoup d’émotion dans "Love Is Strange", tout en restant d’une humilité transparente. Il concocte de la belle image, sans jamais être ostentatoire, démonstratif ou moralisateur. Il dépeint une situation toute réaliste, en faisant de ses personnages modestes des êtres exceptionnels, humains, au service d’une histoire simple, néanmoins bouleversante.