[DEAUVILLE] "Camp X-Ray" : Kristen Stewart à Guantanamo

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 09/09/2014 à 20H35, publié le 09/09/2014 à 18H42
Kristen Stewart dans "Camp X-Ray" de Peter Sattler

Kristen Stewart dans "Camp X-Ray" de Peter Sattler

© IFC Films

Pour son premier film, Peter Sattler n’a pas choisi la facilité. Scénariste, sur un sujet original, et réalisateur de "Camp X-Ray", il traite du délicat sujet de Guantanamo, où sont "détenus" des suspects gravitant autour des attentats du 11 septembre 2001 et d’Al Qaida. Une gageure. De plus, avec une femme militaire dans le rôle principal. Mais une formidable Kristen Stewart est à la rescousse.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

De Peter Sattler (Etats-Unis). Avec Kristen Stewart, Ser'darius Blain, John Carroll Lynch, Lane Garrison, Joseph Julian Soria, Payman Maadi, Cory Michael Smith - 1h57

Synopsis : Une jeune femme s'engage dans l'armée afin de rompre avec ses racines rurales et s'ouvrir à de nouveaux horizons. Mais, à son corps défendant, elle se retrouve à Guantanamo Bay pour y surveiller les prisonniers djihadistes, et partager son quotidien avec d'autres soldats de son équipe tout aussi agressifs. Elle va alors entamer une relation particulière avec l'un des détenus…
"Camp X-Ray" : la bande-annonce

Du gardien à la gardienne
Nous avons recensé cinq autres film traitant de la prison américaine basée au sud-est de Cuba : "The Road to Guantanamo" de Michael Winterbotom, d’après un fait divers, "Harold et Kumar s’évadent de "Guantanamo", une comédie (!), "Camp X-Ray – The Ghost of Guantanamo Bay", une coproduction à dominante britannique, restée confidentielle, deux documentaires, "Vous n’aimez pas la vérité – 4 jours à Guantanamo" et "The Guantanamo Trap". "Camp X-Ray" est la première pure fiction d’envergure, d’origine américaine sur le sujet.

Peter Sattler savait qu’il marchait sur des œufs. Son ambition était de placer un gardien atypique dans cet environnement particulier et de mettre en scène les rapports qu’il pouvait entretenir avec ses collègues et les "détenus". Puis il s’est ravisé, faisant de son gardien, une gardienne, la différence de sexe étant la plus grande différence qu’il puisse imaginer. Très bonne idée, d’autant que, même si elles sont très minoritaires, des femmes officient sur la base. Il a la chance d’avoir décroché Kristen Stewart dans le rôle qui, de tous les plans, fait une prestation remarquable.

"Camp X-Ray" de Peter Sattler

"Camp X-Ray" de Peter Sattler

© IFC Films

Apolitique
Pour son premier film, Peter Sattler se révèle d’un professionnalisme exceptionnel. Auteur du script et réalisateur, il maîtrise son sujet sur le bout des ongles. La mise en place est très bien amenée, la suite ne dément pas, avec les frictions entre les gardiens, pour la majorité machistes, aux lourdes allusions sexuelles, humiliations à l’appui. Les tensions sont palpables et le rythme de vie imposé, ponctué de moments de décompression, donnent de la substance au traitement. Le quotidien des rondes, 24 heures sur 24, la hiérarchisation des "détenus", leur gestion, leurs rebellions, les normes de sécurité… rendent compte d’un univers carcéral à part.

Le cinéaste se déclare d’emblée apolitique dans son approche. Ce qui l’intéresse ce sont les rapports humains dans un environnement extrême. Evidemment, ceux liés aux "détenus" sont privilégiés. C’est pourquoi tout le film tourne autour de la rencontre entre Amy Cole (Kristen Stewart) et 471 - Ali (Peyman Moaadi), un "détenu", qui ne  cesse de lui parler, afin de la manipuler. Mais pas seulement. Prévenue de ne pas s’impliquer dans un dialogue avec les incarcérés, Amy, naïve, va se laisser emporter progressivement dans des confidences qui vont lui valoir des retours de bâton de la part d’Ali, puis de ses supérieurs. Si cette progression narrative est bien traitée, le dernier tiers du film est moins crédible et plus édulcoré, sombrant dans un sentimentalisme moins crédible. Il fallait bien que le bât blesse quelque part, et l’on reconnait bien là les travers d’un cinéma américain qui se plait à arrondir les angles. Mais pour le reste, le jeu en vaut la chandelle.