[DEAUVILLE] "Things People Do" : un thriller familial et éthique mollasson

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 08/09/2014 à 10H42, publié le 08/09/2014 à 00H05
Jason isaac et Wes Bentley dans "Things People Do" de Saar Klein

Jason isaac et Wes Bentley dans "Things People Do" de Saar Klein

© DR

Saar Klein signe son premier film après avoir été monteur, notamment de Terrence Malick sur "La Ligne rouge","Le Nouveau monde", et sur "La Mémoire dans la peau" de Doug Liman. Il signe ici un thriller, en compétition, avec Wes Bentley, également à l'affiche de "The Better Angels" à Deauville et bientôt à celle d'"interstellar" de Christopher Nolan. "Things People Do" : peut mieux faire.

La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

De Sear Klein (Etats-Unis), avec :  Wes Bentley, Haley Bennett, Jason Isaacs, Vinessa Shaw - 1h50

Synopsis : Bill, un père de famille dévoué, perd son travail du jour au lendemain. Il n'a alors pas d'autre choix que celui d'entrer, presque à son insu, dans l'illégalité. Quand il se lie d'amitié avec un inspecteur de police, c'est la double vie qui est désormais la sienne qui risque à terme d'être révélée…
"Things People Do" : la bande-annonce

Middle class
Le thème familial, récurrent dans la littérature et le cinéma américain tient une bonne place cette année à Deauville. "Things People do" n’est pas des moindres, avec l’histoire de ce bon père de famille en rupture de banc, qui verse dans la délinquance en cachette de ses proches et d’un inspecteur dont il s’est fait un ami. Cette double vie n’est pas sans rappeler l’affaire Roman qui défraya la chronique en France, deux fois adaptée au cinéma, où un chef de famille fit croire à son entourage pendant des années qu’il était médecin à l’OMS, en fait au chômage, tout en montant des escroqueries pour faire vivre les siens.

Cette chronique d’un mensonge (mal) assumé tire ici sur une ligne plus en phase avec la tradition du cinéma américain, féru en braquages et autres armes à feu. Le thème social est toutefois aux premières loges, où cet enquêteur en assurance, remercié du jour au lendemain, est incapable de payer les traites de sa maison, avec sa famille à nourrir, et dont on confisque la voiture. Les symboles de la société américaine. Une figure type de la middle class prise dans la tourmente, touchée d’autre part par le scandale des subprimes. Saar Klein tente de rester sur la ligne médiane entre social et action, voire suspense, mais ne convainc pas vraiment.

Wes Bentley dans "Things People Do" de Saar Klein

Wes Bentley dans "Things People Do" de Saar Klein

© DR

Un message mal cadré
Une grande partie de cet échec repose sur un rythme narratif mal organisé, bien trop lent pour susciter l’attention sur 1h50. Un comble pour un cinéaste dont la formation première est le montage, et pas sur les moindres films. Deuxio, son personnage, interprété par un Wes Bentley au visage étrange, n’inspire aucunement confiance, et n’entraîne pas l’empathie du spectateur, alors qu’il ne cesse de clamer son honnêteté, même dans ses agressions. Cette ambigüité est le plus intéressant du film. Ce dernier met en avant les contradictions entre les aspirations et les agissements corolaires à des contraintes insurmontables. D’où le titre "What People Do", "Ce que font les gens". A partir d’un cas particulier, le film veut l’élargir à une condition humaine, immanquablement corrompue. Bill (Wes Bentley) encadre son fils dans une éducation rigoriste, qu’il est le premier à enfreindre. Son ami inspecteur, gardien de la loi, couvre ses actes délictueux, au détriment d’un innocent, l’épouse, institutrice, gardienne de l’éthique familiale, pousse son mari à ne pas se dénoncer une fois ses délits découverts…

Si tous ces thèmes sont passionnants, leur mise en forme enlise le film, sans qu’à aucun moment ils ne touchent par l’émotion. Le message ne passe pas et l’on finit par s’ennuyer en raison de répétitions, de maladresses – telles les brûlures à la soude que s’inflige Bill, disparues le plan d’après – et une musique lancinante,  envahissante, qui pousse le spectateur dans les bras de Morphée. Dommage, car le potentiel sur la morale douteuse de protagonistes au-delà de tous soupçons est un véritable sujet de fond. Le dernier plan montre d’ailleurs Bill expectatif par rapport à cette question. Saar Klein passe à côté de son propos, sans doute par péché de jeunesse et manque de maîtrise de ses ambitions.