[DEAUVILLE] "The Good Lie" : les USA s'auto-congratulent sur leur B.A africaine

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 10/09/2014 à 16H55, publié le 10/09/2014 à 16H37
"The Good Lie" de Philippe Fardeau

"The Good Lie" de Philippe Fardeau

© UGC Distribution

"The Good Lie", du Québécois Philippe Falardeau, qui avait fait un mini-scandale avec l'écriture d"Au nom du fils", est son premier film en anglais sous bannière américaine et en compétition. Du Soudan aux Etats-Unis, le destin exceptionnel de quatre jeunes réfugies recueillis par Reese Witherspoon que l'on retrouve toujours avec plaisir en tête de distribution. Quant au film en lui-même...

La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

De Philippe Falardeau (Etats-Unis), avec :  Reese Witherspoon, Corey Stoll, Sarah Baker - 1h50

Synopsis : Inspirée de faits réels, l'histoire incroyable de quatre orphelins, rescapés d'une attaque de leur village au Soudan. Ils parcourent près de 1 000 kilomètres à pieds pour rejoindre un camp de réfugiés des Nations Unies et survivre. Dix ans plus tard, devenus adolescents, ils gagnent le droit d'immigrer aux Etats-Unis à la suite d'un tirage au sort. Commence pour eux une nouvelle aventure dans un monde inconnu et surprenant, marquée par la rencontre d'une femme qui les aidera à retrouver un sens à la vie.
"The Good Lie : la bande-annonce"
Opportunisme
Cest de notoriété publique : les Etats-Unis s’échinent à se faire une place au soleil en Afrique, après leur retard pris par rapport à l’Europe, et à la France notamment, alors que la Chine et la Russie y sont très engagées. "The Good Lie" s’avère dans ce sens très opportuniste pour démontrer que l’Amérique est solidaire des populations africaines en difficulté, en réalisant un film sur une opération humanitaire engagée durant la guerre du Darfour, au Soudan, en 2003, qui n’est toujours pas résolue. Un signe également donné par l’administration Obama. Le plus étrange, c’est que cette mission a été confiée au Québécois Philippe Falardeau. Qu’est-il allé faire dans cette galère ?

Falardeau n’est pas particulièrement connu pour aller dans le sens du poil. Avec "The Good Lie", il réalise son premier film sous bannière américaine, avec une consensualité déconcertante, passant par toutes les étapes du bon chic bon genre de la cause humanitaire. Comme un collègue le relevait, "voilà un film que l’on ne doit pas ne pas aimer". Eh bien non, on n’aime pas "The Good Lie" ! D’abord pour ce problème de langue, déjà soulevé par "Un homme très recherché", projeté au festival la semaine dernière. Le film se déroule dans un premier temps au Soudan et les populations y parlent anglais, avec un léger accent africain. Absurde. Plus tard, les trois, puis quatre Soudanais arrivés aux Etats-Unis, parlent un anglais parfait. Alors que la barrière de la langue est un vrai problème en soit, et participe de l’adaptation, de l’intégration dans un pays étranger. C’est un vrai sujet de film en soit. Mais non, ici tout le monde parle anglais pour faciliter l’exportation du film. Au détriment d’une richesse thématique et artistique. Mais le problème ne s’arrête pas là…
"The Good Lie" de Philippe Falardeau

"The Good Lie" de Philippe Falardeau

© UGC Distribution
Ça roule Raoul
Vendu dans le synopsis comme la relation d’un "fait divers", "The Good Lie" est en fait l’adaptation édulcorée d’une histoire vraie, certes, mais dont on ne sait où commence et finit la vérité. Nous ne mettrons pas en doute le carton du générique de fin, annonçant que les Etats-Unis ont accueilli et fait prospérer sur leur territoire quelque 25.000 Soudanais réfugiés de guerre. Mais le mode d’intégration relaté dans le film semble quelque peu simpliste. Tout le monde est propre sur lui, tout le temps, cravaté ; on trouve tout de suite un super appartement à ces trois réfugiés, et puis du travail et de la place en université... Alors que le moindre Américain rame pour avoir de telles opportunités, et que cela lui coûte un bras, quand il n’est pas expulsé de sa propre maison dont il ne peut plus payer les traites. De qui se moque-t-on ?

Il y a bien sûr quelques  bons moments dans "The Good Lie", marqués notamment par le hiatus entre civilisation africaine et américaine, mais cela reste très formel, tout en n’allant jamais au détriment des arrivants. Le ton n’est aucunement à la moquerie. On ne décriera pas non plus le travail des associations et des bénévoles locaux qui ont œuvré sur ce dossier, avec sans doute efficacité et dévouement. Mais on aurait aimé, justement, que leur investissement soit plus valorisé, car ici, tout roule comme sur des roulettes, à peu de choses près. "The Good Lie" est une vision bourgeoise d’un drame. Celui de la guerre, du déracinement, de l’adaptation à une civilisation nouvelle, ce qui ne se fait pas sans douleur. Ici, chacune d’elle est vite pansée, avec le sourire. Le public de l’auditorium du Centre International Deauville a applaudi à tout rompre. No comment.