[DEAUVILLE ] "The Better Angels" : Lincoln dans l'ombre de Terrence Malick

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 10/09/2014 à 15H31, publié le 05/09/2014 à 15H23
Braydon Denney  dans "The Better Angels" de A. J. Edwards

Braydon Denney  dans "The Better Angels" de A. J. Edwards

© DR

Premier film de A. J. Edwards, "The Better Angels", en compétition à Deauville, est le deuxième de la sélection avec Brit Marling, à l'affiche de "I Origin", et de Ves Bentley ("Things People Do"). Le réalisateur, à l'origine monteur pour Terrence Malick, signe également le scénario, mais l’influence du réalisateur de "The Tree of Life" y est toutefois trop hégémonique...

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

De  A.J. Edwards (Etats-Unis), avec : Jason Clarke, Diane Kruger, Brit Marling, Braydon Denney, Wes Bentley -  1h35

Synopsis : Indiana, 1817. Une nation américaine, à peine âgée de quarante ans, qui se relève difficilement de sa seconde guerre d'Indépendance. Des hommes et des femmes qui, pour survivre, mènent une lutte sans merci contre la nature et les maladies. Tel est le monde que découvre Abraham Lincoln à sa naissance. Sur une période de trois ans, le film retrace l'enfance du futur président des États-Unis, sa famille, les difficultés qu'il a traversées et qui l'ont construit, la tragédie qui l'a marqué à jamais, et les deux femmes qui l'aideront à accomplir son destin.
"The Better Angels" : la bande-annonce

Prête-nom
Ce très beau sujet - l’enfance de Lincoln, icône de l’Amérique - se trouve parasité par la trop grande influence du coproducteur du film Terrence Malick, sur son monteur d"A la merveille" (son pire film) qui le réalise. "The Better Angels" n’en reste pas moins une œuvre d’une très belle plastique, mais que l’on dirait à plusieurs niveaux très influencée par l’auteur de "The Tree of Life".

Le film est comme s’il l’avait réalisé, copiant-collant sa Palme cannoise dans  un noir et blanc sublime, élagué de toutes références aux origines du monde. Après une très belle introduction sur les colonnes du Mémorial Lincoln de Washington, dès que l’action s’engouffre dans le vif du sujet, l’on reconnait le filmage et le rythme de "The Tree of Life" : des travellings portés à la main, montés très courts, syncopés, "cut" : du Malick pur et dur. L’origine du monde élaguée devient celle de l’Amérique.

Une image qui exalte la nature, avec moult contre-plongées sur les troncs d’arbres, leurs cimes, les cieux, les personnages marchants de dos, effleurant les herbes, les contre-jours et tant d’autres motifs déjà vus. Beau, oui, mais on a déjà donné. Toutefois cette fois en noir et blanc. Un noir et blanc sublime. Au final ce film est-il bien de A. J. Edwards ? Malick semble avoir réalisé sur un sujet fédérateur concernant Abraham Lincoln, un film très personnel sur la naissance de l’Amérique, à travers son icône en se servant d’un prête-nom. Mystique, il identifie le jeune Lincoln au Christ. Son père est charpentier, comme Joseph, et il est identifié comme un génie du potentiel humain inégalé dans la nation naissante. Un quasi messie. Malick en plein délire, avec ses prédilections antiracistes, lors de la rencontre du jeune Lincoln avec les esclaves enchaînés dans la forêt. Du grand n’importe-quoi. Très beau, mais insignifiant.

"The Better Angels" de A. J. Edwards

"The Better Angels" de A. J. Edwards

© DR

Copier-coller
Tout dans "The Better Angels" renvoie à "The Tree of life" : les rapports du jeune Lincoln avec son père, qui sont identiques à ceux de Brad Pitt avec son fils (récompense/punition), la défense de (des) mère(s) envers leur(s) enfant(s), le mysticisme religieux, la physionomie de ces mères mariales, dont les physiques sublimés, qu’il s’agisse de Jessica Chastain , Diana Kurger , ou Brit Marling, sont angéliques : tout est du pur Malick.

"The Better Angels" peut être ainsi vu comme le premier film de Terrence Malick en noir et blanc. Très beau, visuellement, mais pauvre au regard du propos. Son traitement recoupe ce qu’il a déjà dit auparavant. Le signataire du film,  A. J. Edwards, doit s’en trouvé particulièrement frustré, face à un tel monstre, et un tel sujet, par rapport auquel il passe totalement à côté, au profit d’un mentor qui fait figure de Moloch.