[DEAUVILLE] Le discours brûlot de John McTiernan sur l'Amérique

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 09/09/2014 à 17H23, publié le 09/09/2014 à 01H24
Le réalisateur américian John McTiernan sur le tapis rouge du 40e Festival du cinéma américain de Deauville (2014)

Le réalisateur américian John McTiernan sur le tapis rouge du 40e Festival du cinéma américain de Deauville (2014)

© CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Invité par le Festival de Deauville, où il a donné une master class lundi, le réalisateur John McTiernan ("Piège de cristal", "Predator"...) a reçu un hommage mardi soir. Il a profité de cette occasion pour donner son image, très sombre, des Etats-Unis actuels, sous la forme d’un véritable brûlot politique improvisé.

Ce discours intervient à un moment très particulier dans la vie du cinéaste. Il vient en effet d’effectuer une peine d’un an de prison et de plusieurs mois d’assignation à résidence, suite à un différend avec le FBI. Cette peine intervenait après un conflit qu’a rencontré le réalisateur sur le tournage de "Rollerball" avec son producteur. Embauchant un détective privé, il l’a espionné et mis sur écoute. Découvert et interrogé par les autorités, il a menti à la police fédéral, crime de lèse majesté, ce qui lui a valu sa condamnation. Il est sorti de prison en février 2014, il y a six mois.
John McTiernan et le public du festival du film américain de Deauville

John McTiernan et le public du festival du film américain de Deauville

© Jean-François Lixon
Sur la scène du Centre International de Deauville, John McTierman a déclaré avoir d’abord prévu "tout un discours, mais c’était une mauvaise idée". Il s’est alors lancé dans une improvisation où transparaissait une forte émotion du début à la fin.

Se référant aux organisateurs du festival, il a considéré que "Ces gens sont intervenus à un moment très difficile de (sa) vie. Je n’ai pas de mots pour leur témoigner ma gratitude". "Depuis 40 ans le festival se consacre à la culture de mon pays. Mais aujourd’hui, il y a comme une révolution contre-culturelle. Nous avons un bon président, mais il est enfermé dans la Maison-Blanche et il ne fait guère plus que d’inaugurer les chrysanthèmes", a-t-il ajouté.
Le coup de gueule de John McTierman
Se référant à sa propre expérience, John Mc Tiernan a estimé que son "pays est un pays de prisonniers. Il y en a plus qu’en Corée-du-Nord", selon lui. "Vous pouvez passer plus de temps en prison aux Etats-Unis pour tel ou tel fait que si vous étiez un meurtrier", a-t-il lancé. "Aujourd’hui, 250.000 personnes sont en prison sans être passés devant un tribunal", a-t-il poursuivi.

Continuant sa diatribe, le cinéaste a estimé que "Depuis 20 ans, 15% de la population américaine à été en prison, ce qui retire le droit de vote.". "Cela fait la différence, car ce sont les classes moyennes et les plus pauvres qui sont les plus touchés", a-t-il dit.

"J’espère qu’à travers mes films, vous avez senti combien je déteste l’élite qui gouverne ce pays par un pouvoir illégal" a conclu le cinéaste. On ne peut pas être plus clair…
John McTiernan (2006)

John McTiernan (2006)

© Nick Ut/AP/SIPA
La carrière de John McTiernan
Né en 1951 et passé, comme Jessica Chastin, par la Juilliard School de New York, John McTiernan entre à l'American Film Institute et tourne ensuite plusieurs spots publicitaires. En 1986 il sort sur les écrans son premier long métrage, "Nomads", un thriller fantastique avec un Pierce Brosnan inconnu au cinéma, mais reconnu à la télévision dans le rôle de Remington Steele.

Même si le film est un succès confidentiel, il impressionne les aficionados du genre et la 20th Century Fox qui lui offre sur un plateau la réalisation du blockbuster de science-fiction "Predator" (1987) avec l'immense star qu'est devenu Arnold Schwarzenegger. Le film est un carton international, tant public que critique, et révèle l'inventivité de son metteur en scène pour filmer l'action et la jungle, environnement où se déroule l'action. Un essai transformé dans "Piège de cristal" en 1988, où son filmage de scènes d'action tonitruantes à l'intérieur d'une tour de verre transforme le genre. McTiernan, comme pour "Nomads" propulse en haut de l'affiche un acteur venu de la télévision, promis à un bel avenir : Bruce Willis.
"Piège de cristal" : la bande-annonce
"Piège de cristal" devient une franchise sous le titre de "Die Hard" (titre original du premier film), toujours avec Willis. Le cinéaste y reviendra pour le troisième volet en 1995 avec "Une journée en enfer". Entre-temps, il porte pour la première fois à l'écran en 1990 l'agent de la CIA Jack Ryan, inventé par Tom Clancy, dans "A la poursuite d'Octobre rouge", avec un formidable Sean Connery en capitaine de sous-marin russe qui mène sa propre mutinerie dans le bâtiment. Jack Ryan fait depuis, également, l'objet d'une franchise.
"A la poursuite d'Octobre rouge" : la bande-annonce
Puis McTiernan enquille deux gros échecs : "Medecine Man" (1992), toujours avec Connery et surtout "Last Action Hero", avec Schwarzy, où il décrypte son sens de l'action au cinéma. Les deux films seront totalement incompris par le public qui les rejette.  Le réalisateur se lance alors dans le remake de "L'Affaire Thomas Crown" (1968, Norman Jewison), "Thomas Crown", où il renoue avec Pierce Brosnan. Le film est bien accueilli et fait des bénéfices.
"Thomas Crown" : la bande-annonce
Ce qui n'est pas le cas du "13e Guerrier" (1999), son premier film en costumes, celui-ci se déroulant chez les Vikings. Grand film malade, avec Antonio Banderas, John McTiernan est dépossédé de son œuvre par Disney qui produit. Certaines scènes sont tournées par Michael Crichton, auteur du roman d'origine, mais également réalisateur, et le final cut lui est refusé. McTiernan Désavoue le film, effectivement très bancal à sa vision, avec des moments pourtant très prometteurs.
"Rollerball" : la bande-annonce (2002)
Etonnamment, John McTiernan est amené a réaliser un deuxième remake d'après Norman Jewison, le film de science-fiction "Rollerball" (2002) qui rencontre les mêmes difficultés que "Le 13e Guerrier" : nouvel échec artistique et public. Son différend est tel avec son producteur Anthony Pellicano qu'il le fait espionner et mettre sous écoute. Découvert, il fait de fausses déclarations au FBI, ce qui lui vaut d'être condamné à un an de prison d'avril 2013 à février 2014, puis assigné à résidence. Il continue cependant à travailler sur des projets en cellule, et il a été confirmé pour le tournage de "Red Squad", où un commando de mercenaires est envoyé au Mexique pour éliminer un cartel de la drogue.

Il s'était engagé entre-temps dans la réalisation de "Basic", un thriller dans les milieux militaires, resté quelque peu confidentiel malgré la présence de John Travolta et Samuel L. Jackson au générique. Son dernier film sorti en France.