[DEAUVILLE] "Jamie Marks Is Dead" : l’adolescence fantomatique américaine

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/09/2014 à 18H46, publié le 05/09/2014 à 15H29
Cameron Monaghan dans "Jamie Marks Is Dead" de Carter Smith

Cameron Monaghan dans "Jamie Marks Is Dead" de Carter Smith

© ARP Sélection

Deuxième long métrage de Carter Smith, "Jamie Marks Is Dead", en compétition, est sa seconde incursion dans le fantastique, après "Les Ruines" (2008). Ce nouvel opus est toutefois plus sociétal, moins accès sur le genre, s’avérant très métaphorique autour de l’adolescence, vue comme la mort de l’enfance, son fantôme hantant le passage à l’âge adulte. Beau, profond et poétique.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Carter Smith (Etats-Unis), avec : Liv Tyler, Judy Greer, Morgan Saylor - 1h40

Synopsis : Quand il disparaît, Jamie Marks apparemment ne manque à personne. Sauf peut-être à Adam, qui est hanté par lui…
"Jamie Marks is Dead" : la bande-annonce

Naissance d’un fantôme
Photographe, Carter Smith réalise un film d’une très belle texture visuelle dans les lumières et les cadrages, sans ostentation aucune, tant que l’on ne les remarquerait pas. Ce qui est la marque de l’élégance. "Jamie Marks Is Dead" est un film difficile car apparenté au genre fantastique. S’il s’agit d’une histoire de fantôme, il n’en suit aucunement les codes. Alors que l’amateur ne réclame qu’à les retrouver. Cela serait dommage de passer à côté, son propos étant ,à travers une très étrange histoire adaptée d’un roman de Christopher Barzac, de transmettre les affres de l’adolescence, transmis avec une poésie toute gothique, mais aussi réaliste.

L’introduction met tout de suite dans le bain : Jamie Marks est retrouvé mort sur la berge d’une rivière par une jeune fille de son âge. Bouc émissaire du collège, qui peut bien avoir affaire de ce "plouc" sans intérêt, transparent, aujourd’hui disparu. Gracie, justement en a cure. C’est elle qui a découvert son cadavre dénudé. Puis Adam, élève de sa classe, veut connaître la cause de sa mort. Cet intérêt envers lui, que n’a jamais connu Jamie, va le révéler aux vivants sous la forme d’un fantôme, d’un spectre qui va venir, amicalement, visiter Gracie puis Adam. Ces deux derniers vont construire une véritable et étrange amitié tragique.

"Jamie Marks Is Dead" de Carter Smith

"Jamie Marks Is Dead" de Carter Smith

© ARP Sélection

Tragédie greque
"Jamie Marks Is Dead" joue d’un rapport à la tragédie grecque, dans son évocation de l’Hadès, l’enfer des morts, dans lequel, parfois, quelque mortel peut entrer. Le film renvoie parfaitement à ce sens métaphysique et dramaturgique, en laissant sur le bord Charon, le gardien des Enfers, qui laisse pour une fois, librement accès à son domaine à ces adolescents. L’adolescence n’est-elle pas entre la vie et la mort ? La mort de l’enfance pour accéder à la vie adulte ? C’est pourquoi nombre de films fantastique font appel à l’adolescence dans ses personnages. Mais cette fois ci, les choses vont beaucoup plus loin que dans un simple slasher. Jamie qui vient de mourir, sans que l’on sache pourquoi, incarne la mort de l’enfance. Il va s’évertuer dans sa liaison post-mortem, presque homosexuelle, avec Adam, à lui faire passer ce passage que, lui, a effectué dans une mort physique.

Cela va se faire avec beaucoup de mal et de peine. La souffrance guide tout le film. De psychologique, elle va devenir physique et personne ne pourra l’arrêter. D’autres fantômes apparaissent, notamment Frances qui, chaque matin revit la mort de ses parents qu’elle a assassinés. Pathos ? Non pas. Carter Smith traite cette digression avec moult tact et un sens dramatique sans faille. Cet homme sait raconter des histoires lisibles à différents degrés. Ce sont les meilleures. Même si son film aurait pu être élagué d’une dizaine de minutes, "Jamie Marks est mort" vaut que l’on s’y attarde et ferait un excellent exercice d’analyse dans les cours de cinéma, tant il est complexe, riche et beau.