[DEAUVILLE] "Get On Up" : le biopic sur James Brown au Funky d'enfer

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 13/09/2014 à 17H45, publié le 13/09/2014 à 17H01
Dans "Get on up", l'acteur Chadwick Boseman est James Brown.

Dans "Get on up", l'acteur Chadwick Boseman est James Brown.

© DR

Très attendu au Festival de Deauville, où il était projeté hors compétition, auréolé de la présence de Mick Jagger, qui a coproduit le film, "Get On Up" de Tate Taylor ("La Couleur des sentiments") a conquis le public du Centre International Deauville où il était présenté en avant-première, convertissant l’audience infailliblement au funk, si ce n’était déjà le cas.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Tate Taylor (Etats-Unis). Avec Chadwick Boseman, Nelsan Ellis, Viola Davis, Dan Aykroyd, Lennie James, Fred Melamed, Octavia Spencer, Jill Scott - 2h19 - Sortie : 24 septembre 2014

Synopsis : Vous le connaissez sous de nombreux pseudonymes... "Monsieur dynamite", "Le parrain de la soul", "Le travailleur le plus acharné du show business". Préparez-vous à découvrir l'homme derrière la légende. Né dans une grande pauvreté en Caroline du Sud, au beau milieu de la grande dépression, en 1933, James Brown a survécu à une jeunesse émaillée d'abandon, d'abus sexuel, d'écoles de redressement et de prison. Personne ne lui a jamais appris les règles du jeu. Il était destiné à les briser. De son expérience de boxeur amateur ou de chanteur de rue, il a su canaliser chaque coup dur en un rythme qui se fit l'écho de sa rage de vivre. Il est devenu l'un des interprètes les plus influents qui marquèrent la scène soul ou funk, et l'artiste le plus samplé de l'histoire continue d'inspirer la plupart des artistes reconnus aujourd'hui.
"Get On Up" : la bande-annonce
De la fange au firmament
Comme tout biopic, le projet relève de la gageure. Entre les fans, les historiens de la musique, les conventions du genre…, les Cassandres sont potentiellement légions pour descendre le film. Jusqu’ici, Tate Taylor s’était plutôt attiré les faveurs du public, mais n’avait guère convaincu la critique. Au-delà de l’histoire de James Brown, c’est la deuxième fois que le cinéaste aborde la communauté afro-américaine, après "La Couleur des sentiments" qui traitait de la condition des domestiques de couleur dans les États du Sud, avant la reconnaissance des droits civiques. Ici le message passe en filigrane, mais demeure bien présent. Toutefois le film est d’abord le récit de la montée en puissance d’un artiste d’exception, parti de plus bas que terre, pour accéder au firmament des stars : place à la musique !

Issu d’une famille particulièrement défavorisée, dont la mère a quitté le foyer, puis abandonné par son père, petit cambrioleur, placé en foyer, puis en prison pour le vol d’un costume et pour ne pas avoir de domicile, James Joseph Brown Jr. a été sauvé par la musique. Chanteur de Gospel, il intègre le groupe The Famous Flame. Ses performances vocales et scéniques sont telles, que le groupe devient "James Brown and the Famous Flame", puis "James Brown" tout court. Une véritable ascension qui ne se fera pas sans mal, au regard des musiciens du groupe, relégués au second rang. Mr. Brown les encadrera durement tout le long de leur carrière commune, leur infligeant même des amendes au moindre faux pas.
Chadwick Boseman dans le rôle de James Brown.

Chadwick Boseman dans le rôle de James Brown.

© Universal Pictures International Spain
Montage syncopé
Si Tate Taylor retrace ce parcours fulgurant qui fera de James Brown une des plus grandes stars de la musique populaire, en se départageant de ses influences gospel et Rn’B pour inventer le funk, le cinéaste ne suit pas la ligne toute tracée des biopics traditionnels, chronologiques, avec un début, un milieu, une fin. Le film commence sur un épisode tardif de la vie de "Mr. Dynamite", bourré de coke, violent, mettant à la porte une réunion paroissiale d’une de ses propriétés, en tirant des coups de feu dans le plafond. Puis Mr. Brown s’adresse directement au spectateur, comme il le fera à plusieurs reprises, une forme rare au cinéma. Le film revient alors à ses origines enfantines, et ne cessera ces allers-retours, selon les thèmes abordés. Un peu à la façon de Clint Eastwood dans "Bird" (1987), qui retraçait la vie de Charlie Parker. Un montage syncopé, qui correspond à la musique, au centre du film.

Et question musique, "Get On Up" n’en n’est pas avare. Les reconstitutions de concerts, de toutes les époques, sont formidables. Chose rare dans ce genre d’exercice : les morceaux sont interprétés en entier, ce qui ajoute une véritable valeur aux performances du groupe et de son leader. Une envie soudaine de réécouter sa discographie vous prend dans les jambes, irrésistiblement. L’interprète qui endosse le rôle est tout bonnement incroyable. Chadwick Boseman est bien apparu dans quelques films et surtout dans des séries, mais là, il explose la baraque dans une prestation des plus "oscarisables".  
Toutefois l’homme, James Brown, n’est pas blanc bleu. Le film fait quelque peu l’impasse sur sa face sombre. Si son despotisme avec ses musiciens est bien traité, son rapport à la drogue n’est que suggéré. Mais c’est surtout ses relations aux femmes qui passent à l’as. Une allusion y est faite, mais discrète, alors que James Brown avait la réputation d’être particulièrement violent et humiliant avec elles. N’est-il pas pourtant pas le créateur de "t’s a Man’s, Man’s World" ? Sans doute pour se racheter. Pression des ayants-droit ? On ne le saura jamais. C’est une des rares ombres au tableau de "Get On Up", passionnant de bout en bout sur ses 2H20 : James Brown debout !