"Loin de mon père" : un inceste israélien maladroit à Un certain regard

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 19/05/2014 à 23H08
Maayan Turjeman dans "Loin de mon père" de Keren Yedaya

Maayan Turjeman dans "Loin de mon père" de Keren Yedaya

© DR

"Loin de mon père" risquait de susciter "beaucoup de polémiques" prédisait Thierry Frémaux, directeur délégué du Festival. Le film réalisé par la cinéaste israëlienne Keren Yedaya traite de la relation incestueuse entre un quinquagénaire et sa fille de 22 ans. Au final : un pétard mouillé qui a désintéressé la critique, jugeant le film insipide.

Réalisé par Keren Yedaya (Israël), Maayan Turjeman, Tzahi Grad, Yaël Abecassis - 1h35 - Sortie : non déterminée
La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

Synopsis : Moshe et Tami sont en couple. Moshe a cinquante ans, Tami est à peine entrée dans la vingtaine. Ils vivent une relation cruelle dont Tami ne semble pas pouvoir se libérer. Tami et Moshe sont père et fille. 
Maayan Turjeman et Tzahi Grad dans "Loin de mon père" de Keren Yedaya

Maayan Turjeman et Tzahi Grad dans "Loin de mon père" de Keren Yedaya

© DR
A propos sale, image sale
Il n'est pas question de reprocher à Keren Yedaya, dont "Mon trésor" avait remporté la Caméra d'or en 2OO4, de ne pas faire dans l'esthétique. Sa cinématographie est assez brutale et colle à ses sujets. Ici l'inceste pérenne entre un père et sa fille est exposé à la maturité, comme si le premier avait une maîtresse institutionnalisée. Filmé presque comme un reportage, l'image numérique, aux couleurs et noirs bouchés participent de la "saleté" du propos.

Prendre cette relation hors nature dans un présent détaché de ses origines est également un atout du récit. Plutôt que faire l'historique depuis la petite enfance d'une perversion,  Keren Yedaya préfère mettre en avant un fait accompli, sinon normalisé par les deux partis, ce qui est encore plus monstrueux. Pourtant quelque chose ne tourne pas rond dans ce film aux louables intentions. L'installation de l'intrigue consistant à comprendre l'inceste prend trop de temps. Tami pourrait très bien être une maîtresse lambda de Moshe, sans être sa fille, ce qui créé une confusion dans le propos.
"Loin de mon père" de 

"Loin de mon père" de 

© DR
Construction bancale
Passée outre cette maladresse qui, au final, va au bénéfice du film, sur le sens d'un inceste perpétuel, pris à un instant "T", le scénario prend le parti de revenir en arrière sur ses origines, à partir d'un album de photos de famille, qui renvoie aux origines du vice. Alors que "Loin de mon père" traite de la tromperie de Moshe avec une autre femme, comme si Tami était son épouse.

Tout le film reposant sur la frustration-jalousie de sa fille par rapport à la nouvelle élue, l'installation du film perd toute sa vigueur pour retomber dans un schéma simplificateur qui lui nuit. Louable dans ses intentions et son parti pris non esthétisant, "Loin de mon père" perd tout son potentiel par une construction bancale contradictoire à ses prérogatives.