Cannes 2013 : « The Bling Ring » clinquant de Sofia Coppola

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/05/2013 à 13H58, publié le 07/05/2013 à 17H58
Affiche du film "The bling ring" 

Affiche du film "The bling ring" 

© DR

Sofia Coppola, la fille de Francis Ford, est devenue une habituée du Festival de Cannes. Révélée en 1999 à la quinzaine des réalisateurs par le génial "Virgin Suicides", film choc sur les affres de l'adolescence, elle présente en compétition 7 ans plus tard son "Marie-Antoinette" à l'ambiance bling-bling qui divise la Croisette. Elle est de retour à Cannes avec "The bling ring"... Bijou ou toc ?

De Sofia Coppola (Etats-Unis), avec : Emma Watson, Taissa Farmiga, Leslie Mann, Israel Broussard - 90 minutes - Sortie : 12 juin 2013

Synopsis : À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang le "Bling Ring".
"The bling ring" trailer vost

Après un lion d'or reçu en 2010 à Venise pour son mélancolique "Somewhere", c'est un bonheur de retrouver la réalisatrice dans sa veine favorite : les tourments de l'adolescence. 

Sur le modèle des actrices de Disney Channel qui ont effectué leur mue en bimbos survoltées dans "Spring Breakers", Emma Watson compte bien casser l'image de la petite sorcière modèle qui lui colle à la peau depuis « Harry Potter ». Ado sexy et délurée dans "The Bling Ring", elle partage l'affiche avec d'autres jeunes espoirs du cinéma américain, dont Taïssa Farmiga, la fille de Vera.

"The Bling Ring" de Sofia Coppola

"The Bling Ring" de Sofia Coppola

© Pathé Distribution

Diptyque
Une réelle continuité s’instaure avec « Marie-Antoinette » qui traitait, au-delà de la figure historique, des aléas vécus par une adolescente prise dans des circonstances exceptionnelles. Aussi Sofia Coppola s’attardait surtout sur la psychologie d’une toute jeune femme dominée par le protocole de la vie de cour, qui se réfugie dans la frivolité de la mode, des réceptions et des fêtes. A la vision de "The Bling Ring", l’on se dit que Marie-Antoinette aurait très bien pu rejoindre ce gang de jeune femmes fascinées par la mode très haut de gamme et les people.

Le nouveau film de Sofia Coppola s’apparenterait ainsi à la deuxième partie d’un diptyque sur la fascination pour le luxe et ses conséquences. Le rapprochement le plus frappant réside dans le filmage des objets du désir. Notamment les chaussures, plus extravagantes les unes que les autres sur lesquelles s’attardent plus d’un travelling, l’étalage des bijoux dans leurs écrins, les robes pendues dans les penderies… Le tout sur des musiques de dance flor, que l’on retrouve dans les boîtes de nuit où se rue le gang après leurs larcins. Ces fêtes renvoient au bal masqué de l’Opéra dans « Marie-Antoinette ». L’usage de la musique demeure une des très grandes qualités du cinéma de Sofia Coppola.


La prédominance du sujet
Cette continuité entre le traitement anachronique de « Marie-Antoinette » et « The Bling Ring » souligne la perversion que provoque chez les individus la soif de posséder plus que de raison. Un des motifs de la vindicte populaire contre Marie-Antoinette fut la fameuse affaire des férets, qu’elle aurait commandés pour une fortune que le royaume ne pouvait honorer. L’affaire s’avèrera un pur montage pour discréditer la reine, mais elle se répandit comme une trainée de poudre, signe que tout le monde était prêt à y croire, et y a cru, compte tenu de l’image de frivolité acquise au début de son règne. Les protagonistes de « The Bling Ring » sont motivés par une même avidité, le vol en plus.


Mais « The Bling Ring » traite par ailleurs du désœuvrement d’une jeunesse dorée qui se réfugie dans la fascination pour des stars de pacotilles dont le seul talent est d’être riche et de savoir faire parler d’eux. Syndrome que l’on retrouve chez les participants de la télé réalité, par identification à ces modèles dont ils veulent rejoindre l’Olympe. Hormis ces thèmes, l’on  retrouve les couleurs graphiques de l’image, la dynamique du montage, cependant très ancré dans la chronologie. Il semble ainsi que la folie Coppola a laissé place à une approche scolaire de son propre style, dont l’exubérance ne repose plus guère dans le traitement, mais le sujet.