Le Festival de Cannes vu par un membre du Jury Révélation : Projections numériques « film is dead » - 2e partie

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/05/2013 à 16H18, publié le 22/05/2013 à 14H06
Marlon Brando dans "Le Parrain" de Coppola

Marlon Brando dans "Le Parrain" de Coppola

© DR

Le numérique bouleverse le cinéma depuis quelques décennies. Aujourd’hui au festival de Cannes, tous les films sont projetés sur des projecteurs numériques. Un festivalier anglophone clamait « la pellicule est morte » alors qu’était présentée en version restaurée Fedora de Billy Wilder dans le cadre de la sélection Cannes Classic. (suite et fin)


Puisque nous parlions de Francis Ford Coppola, attardons-nous sur la sortie de la trilogie du Parrain en blu ray qui propose de les (re)voir dans des conditions rarement égalées depuis leur sortie en salles.

 Le master pellicule original fut tellement copié pour être distribué à travers le monde que celui-ci fut en partie détruit, ou du moins, terriblement abimé. La restauration qui prit près d'un an nécessita de tirer un nouveau négatif du film, alors numérisé pour donner un nouveau master. Durant cette étape très technique, les couleurs, luminosités et autres réglages d'images furent rétablies, et voilà que notre sujet devient intéressant.



En effet, dans le cas du Parrain, il fut question de retrouver la qualité d'image qu'avait pu obtenir le directeur de la photographie d’autrefois, Gordon Willis qui cherchait une sorte de jaune d’or dans son éclairage et ses compositions par le truchement de la restauration numérique. En concertation avec ce dernier, la restauration et le transfert numérique visait alors à donner une copie, un nouveau master absolument impeccable aux yeux de l'équipe qui collabora jadis au film. Mais la technologie numérique qui permet ces opérations n'est pas sans boomerang.



Dans un tout autre élan de remastérisation, William Friedkin, récemment, a édité une nouvelle édition de « The French Connection » dont il a supervisé et établi la restauration numérique. Faisant preuve d'une méconnaissance totale de la technique et de ses procédés, celui-ci a désaturé son image jusqu'à en perdre toute la gamme de couleurs puis l'a re-colorisée via des filtres numériques appliqués diretement sur le master en noir et blanc.

 L'argument de Friedkin consiste à dire qu'il voulait donner à sa fiction les allures d'un documentaire dans la façon dont les petites caméras de l'époque rendaient l'identité visuelle du documentaire : grain, couleurs désaturées, etc... Owen Roizman, directeur de la photographie de l'époque, s'est défendu d'avoir participé à cette opération et s'est déclaré choqué devant le film, qualifiant même le transfert « d'atroce » et « voulant s'en laver les mains ».
Simon Pellegry
Simon Pellegry est Membre du Jury Révélation France 4. Il est notamment l'auteur de "Ne pas déranger, nous sommes en séance". Il collabore à Spectres du Cinéma. On peut aussi le retrouver sur son blog Siperabe.