Le festival de Cannes vu par un membre du Jury Révélation : Quitter la salle équitablement

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/05/2013 à 16H53, publié le 18/05/2013 à 16H24
Au cinéma © SANDRO DI CARLO DARSA / ALTOPRESS / PHOTOALTO

Plus qu’un sport, une coutume. Essentiellement une pratique, sortir brusquement d’une salle de cinéma révèle à la fois toute la dangerosité et la superficialité d’un aussi large festival.

Je ne sors jamais d’une salle de cinéma. Je ne me résous jamais à quitter une projection. Même quand les yeux m’en tombent, je ne quitte pas la salle. L’honnêteté me pousse à avouer que je n’ai pas cette rigueur à la maison. La dématérialisation du DVD, la possibilité d’arrêter, reprendre ou diluer un film m’a complètement corrompu.

Pour tout dire, j’appartiens à cette minuscule masse silencieuse qui reste jusqu’au bout du générique de fin, les yeux rivés à l’écran et refusant de se lever pour laisser passer les infidèles. Parfois aussi, je soupire, ou grogne. Il faut faire preuve de tolérance ; tout le monde n’a pas cette pugnacité, ce don de soi.

Force est de reconnaître que je ne suis pas infaillible. La peine au cœur, il m’est arrivé d’interrompre un film en DVD pour ne plus jamais le revoir. En revanche, en salle, jamais. J’en suis incapable. Le monogame du cinéma ; je ne vais pas voir ailleurs.

Pendant le festival de Cannes, mes sentiments sont sans cesse offensés. Mes oreilles sifflent au murmure précédant la levée du siège. Le grincement caractéristique de l’assise avant qu’elle ne heurte le dossier. Mes yeux se closent d’eux-mêmes à la lumière du jour qui perce le noir intense de la projection.

La possibilité de voir un nombre incroyable de films pendant dix jours rend le spectateur de cinéma lunatique. Son humeur est changeante comme le climat météorologique, les raisons de son départ sont nombreuses. Elles varient de nature et d’intensité mais qui pourrait dire que c’était peut être tel dialogue ? Tel plan ? Telle durée ?

Symboliquement, c’est un geste d’une rare violence que de se lever et de partir. S’endormir serait plus malin stratégiquement mais il s’agit là en quittant la salle, de faire acte de quelque chose. Cinéphiles de tous les pays, restez assis.
Simon Pellegry
Simon Pellegry est Membre du Jury Révélation France 4. Il est notamment l'auteur de "Ne pas déranger, nous sommes en séance". Il collabore à Spectres du Cinéma. On peut aussi le retrouver sur son blog Siperabe.