Quinzaine des réalisateurs : le film indien "Ugly" mérite bien son titre

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/05/2013 à 16H01, publié le 17/05/2013 à 20H26
Photo extraite du film "Ugly"

Photo extraite du film "Ugly"

© DAR Motion Pictures/Phantom Production

"Ugly", thriller indien de Anurag Kashyap a été projeté vendredi 17 mai 2013 dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs. Il compte parmi ses interprètes quelques-unes des vedettes de l'écran du sous-continent. D'une durée de deux heures, il s'inspire autant du cinéma d'action américain que de la tradition cinématographique indienne.

"Ugly" est un thriller. Un samedi après-midi, à Bombay, une petite fille de 9 ans, que son père a laissé attendre quelques instants dans la voiture, disparaît. L'enquête menée parallèlement par son père et les services de police est compliquée par les liens qui unissent (ou séparent) les principaux protagonistes.
Le chef de la police n'est autre que le nouveau mari de la mère de l'enfant disparue. Il est aussi un ancien condisciple du père à l'université. Les deux hommes gardent de l'époque une haine avivée par le fait d'avoir été mariés successivement à la même femme.

Bon titre
Au fil des deux heures que dure la recherche de l'enfant, chacun aura l'occasion de se montrer sous son vrai jour et de justifier sa place dans ce film dont le titre "Ugly" signifie, rappelons-le, "affreux".
Le réalisateur Anurag Kashyap à l'issue de la projection cannoise

Le réalisateur Anurag Kashyap à l'issue de la projection cannoise

© culturebox/Jean-François Lixon
Action
Rien ne manque, les bagarres, les passages à tabac dans le commissariat, les poursuites en voiture dans les rues de Bombay, les trahisons, les renversements de situations, les fausses pistes. C'est au point que le spectateur en arrive à ne plus savoir où il en est de ce scénario tiré par les cheveux.

L'inde sans fard
Mais l'essentiel est ailleurs. Plutôt que le destin de la malheureuse petite fille, on s'intéressera à ce que ce film nous montre, en creux pourrait-on dire, de l'Inde contemporaine. Il a d'ailleurs toutes les chances d'être très mal accueilli dans son propre pays pour ces mêmes raisons. On y apprend en effet que le trafic d'enfants est chose courante, que les Indiens préfèrent les enfants à la peau claire contrairement aux acheteurs étrangers, la corruption de la police y est évidente, de même que sa toute puissance face au simple citoyen. Quant à la situation de la femme, elle y apparaît déplorable, le principal personnage féminin étant gardé à la maison sous surveillance, sans aucun argent à sa disposition. Par ailleurs rien n'est fait non plus pour masquer la saleté endémique d'une grande ville comme Mumbay (Bombay).
L'affiche du film

L'affiche du film

© dr
Pas de happy ending
"Ugly" apparaît donc comme un "anti-Bollywood". Ici rien ne finit bien, la saleté est visible à l'image, la grande violence de la société indienne apparaît en pleine lumière et les personnages sont présentés comme n'ayant aucune morale.
Trois des principaux interprètes de "Ugly" lors de la projection cannoise. De gauche à droite Girish Kulkarni, Tejaswini Kholhapure et Rahul Bhatt

Trois des principaux interprètes de "Ugly" lors de la projection cannoise. De gauche à droite Girish Kulkarni, Tejaswini Kholhapure et Rahul Bhatt

© Culturebox/Jean-François Lixon
Pourquoi tant de bruit ?
Pour ces raisons quasiment documentaires le film retiendra l'attention des spectateurs intéressés par l'Inde et sa société. Les autres se perdront dans un scénario trop compliqué, trouveront qu'il aurait mérité de durer une demi-heure de moins et surtout sortiront de la salle avec un énorme mal de tête. La bande sonore tonitruante appuie chaque effet avec une telle violence qu'on a l'impression, dans la première scène par exemple, qu'un Airbus est en phase de décollage dans la chambre où une femme est simplement perdue dans ses pensées.