"Plein soleil" sur Cannes : un Delon peut en cacher un autre

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/05/2013 à 18H42, publié le 22/05/2013 à 18H21
Photo du film "Plein soleil" de René Clément (1960)

Photo du film "Plein soleil" de René Clément (1960)

© DR

Après Jean-Paul Belmondo en 2011, le festival de Cannes rendra hommage samedi à l'acteur Alain Delon qui reviendra pour la seconde fois sur les marches après une brouille de plus de dix ans désormais enterrée. Un autre Delon lui a volé hier la vedette par le hasard du calendrier des projections : Alain-Fabien Delon, 18 ans, le fils du "Guépard". Pas de soucis, papa est fier de son fiston.

Alain-Fabien Delon, 18 ans, fils de Delon le magnifique et de la journaliste d'origine néerlandaise Rosalie van Breemen., fait ses débuts au cinéma dans "Rencontres d'après minuit" du Français Yann Gonzalez. Cette comédie érotique française est montrée à la Semaine de la Critique de Cannes. Le synopsis ? "Au coeur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus la chienne (Julie Brémond), la star (Niels Schneider), l'étalon (Eric Cantona) et l'adolescent (Alain-Fabien Delon)".

"Je suis fier qu'Alain-Fabien monte les marches de Cannes pour son film.", a déclaré un papa qui vient tout juste de retrouver son fils après une bonne brouille. Espérons que le fiston ait plus de succès que sa fille chérie Anouchka, dont la performance dans la pièce de théâtre Une journée ordinaire n'avait pas vraiment convaincu les critiques. 

Au passage, Alain Delon rappelle qu'il refuse le principe d'un hommage à sa carrière : "J'ai accepté d'aller voir à Cannes "Plein soleil" en copie remastérisée en hommage à mon maître absolu (ndlr: le cinéaste René Clément) dont je suis le serviteur et à qui je dois pratiquement tout depuis 1959. Mais revoir ce film, c'est aussi un flash-back douloureux à cause des gens que j'aimais et qui ne sont plus là", a confié Alain Delon.
Alain-Fabien Delon au 66e Festival de Cannes 

Alain-Fabien Delon au 66e Festival de Cannes 

© ALBERTO PIZZOLI / AFP
Plein Soleil 

Sorti en 1960, "Plein soleil" de René Clément, adaptation du roman "Mister Ripley" de la maîtresse du polar Patricia Highsmith, fait l'effet d'une bombe. Tom Ripley, envoyé par un riche milliardaire récupérer son fils en Italie pour 5 000 dollars se fait passer pour un ami d'enfance. L'amour entre Phlippe et sa maîtresse Marge et sa jalousie envers Philippe ne cessent de le tarauder. De plus en plus brimé et humilé, il tue Philippe lors d'une croisière et tente d'usurper son identité. 

Le sujet est évidemment des plus excitants, le thème de la double identité ayant fait les belles heures du 7e Art. Dans son film, René Clément a offert à Alain Delon son premier grand rôle et sans doute l'un des plus complexes de sa carrière (avec "Monsieur Klein" qui traite aussi de la question du double). Une prestation qui le rendra célèbre, aux côtés d'un Maurice Ronet qu'il retrouvera quelques années plus tard dans "La piscine" de Jacques Deray. Duo de charme accompagné de la magnifique Marie Laforêt. 
Extrait du film "Plein Soleil" : ultime humiliation pour Ripley
René Clément est parvenu à magnifier Delon, en brossant le portrait d'un personnage trouble à la beauté du diable. Toute l'intelligence du scénario est là. Le spectateur suit les pérégrinations d'un personnage qu'on sait pertinemment en sursis, sans pouvoir dire quand il va se faire prendre. Ainsi, Tom est au final aussi machiavélique que torturé et la mise en scène installe le spectateur dans une curieuse complicité. Nous devenons les complices du crime, pris nous aussi dans les rets du mensonge. Se glisser dans la peau d'un autre, repousser les limites en étant sans cesse sur la corde raide devient le quotidien de Tom Ripley, qui ne fera qu'effleurer du doigt son rêve de devenir l'autre. 

On espère que la version restaurée saura redonner au film toute la magie de ses couleurs, en particulier le bleu de la mer et les morsures du soleil. Chauffé à blanc, le bâteau devient le lieu d'une exposition toute picturale des personnages dont chaque action est magnifiée par la caméra. Pas étonnant quand le chef-opérateur s'appelle Henri Decaë, qui signera entre autre la photo du magnifique "Le genoux de Claire" de Rohmer, véritable tableau vivant. Un hymne au corps et aux yeux bleux d'Alain Delon sur une partition toute en finesse de Nino Rota  pour ce huit-clos haletant à revoir d'urgence.