Mads Mikkelsen de retour à Cannes dans la peau de "Michael Kohlhaas"

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/05/2013 à 11H31, publié le 25/05/2013 à 16H16
Mads Mikkelsen joue le rôle principal de "Michael Kohlhaas", d'Arnaud des Pallières.

Mads Mikkelsen joue le rôle principal de "Michael Kohlhaas", d'Arnaud des Pallières.

© Ekaterina Chesnokova/RIA Novosti

Le Danois avait remporté en 2012 le prix d'interprétation masculine pour son rôle dans "La Chasse" de Thomas Vinterberg. Il s'était alors excusé de ne pas parler français, "sauf quand il a bu". Il revient cette année sur la Croisette dans une coproduction franco-allemande, "Michael Kohlhaas".

Le visage angulaire et ténébreux de Mads Mikkelsen - intègre marchand de chevaux du XVIe siècle victime d'une injustice - est de retour en compétition à Cannes dans les somptueux paysages naturels de "Michael Kohlhaas" d'Arnaud des Pallières. Le film a été tourné en français, notamment dans la région Rhône-Alpes.

Reportages : J. Sauvadon, J. Plan, M. Boudet, F. Gramond
Mads Mikkelsen joue dans la langue de Molière avec un accent danois. "J'adore être ici, on devrait en faire une tradition!" plaisante-t-il devant la presse. "Travailler en français est évidemment très difficile", a admis l'acteur, dont le visage buriné, les yeux perçants et le jeu subtil sont sans cesse scrutés en plans très rapprochés.

Le paysage est un personnage
Le film pêche peut-être par quelques longueurs. Mais on entre avec bonheur dans des "panoramiques" austères et magnifiques des montagnes des Cévennes et du Vercors, souvent tournés au crépuscule sous des ciels menaçants, baignant dans les ocres et gris-bleus. Presque tout le film a été tourné en extérieur, "un cadeau" pour les acteurs, dit Mads Mikkelsen.
"Si Kohlhaas était un paysage, il serait des montagnes" (A. des Pallières)

"Si Kohlhaas était un paysage, il serait des montagnes" (A. des Pallières)

© Les Films du Losange
"En regardant "Les sept samouraïs", nous avions été frappés par l'emploi sec et dynamique du panoramique chez Kurosawa. Nous en avons fait la figure principale de notre film", confirme Arnaud des Pallières. Le scénariste-réalisateur-monteur "n'a pas voulu perdre trop de temps dans la reconstitution historique". De fait, les décors et les costumes sont minimalistes. "Je m'intéresse aux êtres humains", insiste-t-il.

L'histoire d'une froide vengeance
Tiré d'un grand classique de la littérature allemande de Heinrich von Kleist, le scénario francisé raconte l'histoire d'un homme prospère et pieux, qui lève une armée pour se venger d'un petit seigneur local, qui lui a volé ses chevaux et qu'il soupçonne d'avoir fait tuer sa femme. Le film ne baigne pas dans le lyrisme enfiévré des champs de bataille. La violence est évoqué par touches froides et minimalistes. Les effets sont limités: quand le héros se rend au château du baron avec quelques compagnons pour assouvir sa vengeance, la tuerie se fait dans un silence impressionnant, juste troublé par les cris d'un nouveau-né.

"Je suis très touché par le personnage. Sur le point de prendre le pouvoir, il dissout son armée par rigueur morale, parce qu'on lui donne raison", souligne le réalisateur, ébloui par ce texte dans sa jeunesse. "Le personnage est radical. Kohlhaas croit à la justice et devient un homme aveuglé par sa quête de justice", analyse son interprète Mads Mikkelsen. "Au final il perd tout, mais il est heureux."  La lutte contre l'injustice de ce marchand du XVIe est très actuelle: "c'est un thème universel", juge le Danois.
Les chevaux sont omniprésents dans la vie de Kohlhaas.

Les chevaux sont omniprésents dans la vie de Kohlhaas.

© Les Films du Losange