Cannes 2016 : premier bilan de cette 69e édition

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/05/2016 à 16H25, publié le 22/05/2016 à 22H34
Dave Johns et Hayley Squires dans "Moi, Daniel Blake" de Ken Loach 

Dave Johns et Hayley Squires dans "Moi, Daniel Blake" de Ken Loach 

© Le Pacte

C’est Ken Loach qui, avec son "Moi, Daniel Blake", remporte la Palme d’or de ce Festival. Xavier Dolan, pour « Juste la fin du monde », repart avec le Grand Prix. Jaclyn Jose pour "Ma’ rosa" et Shahab Hossein pour "Le Client" d’Asghar Farhadi ont reçu les prix d’interprétation féminine et masculine. Petit bilan, à chaud, de ce Cannes n°69.

"Moi, Daniel Blake". Une radiographie glaciale de cette Angleterre des laissés-pour-compte. Celle-là même que le cinéaste déjà reparti avec la Palme en 2006 pour "Le Vent se lève", a filmé tant de fois. Avec au scénario, l’acolyte de toujours, l’alter ego venu de Glasgow, Paul Laverty. Ils nous ont présenté l’histoire d’un homme, d’une classe ouvrière oubliée et interprété par un poignant Dave Jones.
 

L’Angleterre des démunis

Dan’, la soixantaine, est contraint de faire appel à l’aide sociale à cause d’un problème cardiaque qui l’empêche de travailler, de l’avis de son médecin en tout cas, car l’administration et ses aberrations l’obligent à rechercher un emploi, sous peine de sanction. Un drame kafkaïen d’une infinie pudeur, réalisé par l’un des derniers cinéastes d’un pays ultra-libéral à parler encore de ces gens-là. De cette Angleterre des démunis. Une très belle Palme, entièrement méritée.



La magie Dolan

Tout comme le Grand Prix du jury d’ailleurs, qui est allé à Xavier Dolan pour son "Juste la fin du monde", qui, en adaptant la pièce de Jean-Luc Lagarce, nous conte l’histoire d’un jeune auteur de retour chez lui, après des années d’absence, pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Un film où la magie Dolan, portée par un casting haut de gamme avec, entre autres, un sublime Gaspard Ulliel, faisait une nouvelle fois, son œuvre.
 
Le Prix du jury est lui revenu à Andrea Arnold pour "American Honey". La cinéaste britannique, présente pour la troisième fois à Cannes, nous à livrer le portrait de cette "Amérique pur sucre" mais sans rêves à travers les yeux d’une jeune adulte, encore trop naïve, encore trop verte, embarquée dans une sorte de "beat road trip" effréné.
"American Honey", © Parts & Labor LLC / Pulse Films Limited / The British Film Institute/ Channel Four Television Corporation

Surprenant

Un film qui, malgré l’excellente prestation de son actrice principale, Sasha Lane, ne nous avait pas convaincu tant il nous semblait répétitif. L’impression d’un film trop long et d’un voyage qui aurait pu s’arrêter beaucoup plus top nous était resté, en sortant de la projection.
 
Un peu comme le "Personal Shopper", d’Olivier Assayas, prix de la meilleure mise en scène et qui nous contait l’histoire d’une jeune fille incarnée par Kristen Stewart attendant, à Paris, que l’esprit de son frère jumeau disparu, ne se manifeste. Un triller "fantastique", mais très loin de l’être selon nous où le cinéaste semblait s’arrêter à mi-chemin entre film d’horreur et drame de la solitude. Un prix très surprenant pour nous, tant le film nous avait déçu.

Auscultation

Le réalisateur partage son prix avec Cristian Mungiu, que nous avions trouvé autrement plus convaincant, avec son "Baccalauréat", le réalisateur qui était reparti en 2007 avec la Palme d’Or pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours", nous a dépeint son pays, la Roumanie, gangréné par la corruption et les petits arrangements. Une œuvre qui, sans être sa plus puissante laissait, comme toujours une très forte empreinte.
 
Un peu à l’image d’un Asghar Farhadi qui, après "Une séparation", poursuivait avec "Le Client", l’auscultation de son pays, l’Iran. Un film saisissant, porté par un couple d’acteurs en proie aux pressions sociales et versant pour Shahab Hosseini, prix d’interprétation masculine, dans de soudaines préoccupations conservatrice.
Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti dans "Le Client"

Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti dans "Le Client"

© Habib Majidi

"Paterson" et "Toni Erdmann" oubliés

Le prix d’interprétation féminine est lui revenu à Jaclyn Jose pour le "Ma’ Rosa" le film choc de Brillante Mendoza dans l’enfer de la pauvreté philippine. Il nous contait l’histoire de commerçants très pauvres dans un quartier déshérité de Manille arrêtés pour trafic de drogue et dont les enfants vont tout faire pour réunir une grosse somme d’argent afin de soudoyer. Un véritable coup de poing.
 
Un palmarès de très bonne facture même si nous regrettons l’absence du poème filmé de Jim Jarmusch "Paterson", mais aussi celle du fantasque "Toni Erdmann" de Maren Ade, grand favori de la presse, ou encore du très bon "Julieta" de Pedro Almodovar.