Cannes 2016. "American Honey" d'Andrea Arnold : un beat road trip qui nous laisse sur le bas-côté

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/05/2016 à 15H41, publié le 15/05/2016 à 14H27
"American Honey", © Parts & Labor LLC / Pulse Films Limited / The British Film Institute/ Channel Four Television Corporation

Pour sa troisième venue à Cannes, la réalisatrice britannique nous propose un portrait de cette Amérique "pur sucre" mais sans rêves, à travers les yeux d’une jeune adulte embarquée dans un road-trip effréné présenté en compétition officielle. Malheureusement, la cinéaste nous abandonne vite en chemin.

La note Culturebox

2
2/5
Deux gosses et une toute jeune femme font les poubelles, quelque part en Oklahoma. Les petits ont à peine plus de 10 ans. "Je suis le Spider-Man de la benne à ordures", crie le jeune garçon. La plus grande s’appelle Star, parce qu’elle "vient des étoiles. Des étoiles de la mort".
 
Elle a 18 ans. Regard éteint, lèvres noircies par la drogue, dreadlocks tombant sur un débardeur blanc poisseux, elle tente tant bien que mal de remplir le frigo. Celui d’un appartement miteux qu’elle partage avec son mec ou son père abusif, on ne sait pas vraiment. Un soulard, bon qu’à laisser trainer ses cannettes de bières vides et à avaler sans vergogne les repas qu’elle peine à lui préparer. Les gamins sont les siens, biologiquement. Quant à Star, elle est un peu la nourrice, beaucoup la femme de ménage. Mais elle reste droite, fière, le visage relevé, les yeux ouverts, fixant la lumière aveuglante du soleil.
"American Honey",, © Sasha Lane

Baratineurs

Quand un jour d’été, elle croisera la route d’une joyeuse bande d’hurluberlus sillonnant l’Amérique en van et lui proposant de s’en aller vers Kansas City, elle n’hésitera pas bien longtemps. Parmi eux, une gothique obsédée par Dark Vador, un beau gosse baraqué mi-taré mi-benêt, mais surtout Jake, interprété par un Shia LaBoeuf affublé d’un improbable combo chemise manches courtes, bretelles et queue de rat.  Mais c’est surtout le meilleur vendeur de la troupe.
 
Car leur truc à eux, c’est de vendre des abonnements magazines en faisant du porte-à-porte. En gros, embobiner le bourgeois. Et le roi des baratineurs, c’est assurément Jake. Sous la coupe, comme tous les autres, d’une chef d’entreprise trash et défoncée, Krystal (Rily Keough). Les voilà partis, à travers le midwest américain, des plaines plates de l’Oklahoma vers on ne sait pas bien où, entre picoles, fumettes, sexe et rock’n roll.

Andrea Arnold, réalisatrice britannique connue pour sa fibre sociale, a décidé pour son quatrième long métrage dont trois ont déjà été présentés à Cannes de poursuivre ses obsessions. Dans Fish Tank, film coup de poing, Prix du jury en 2009, elle nous livrait le portrait poignant d’une adolescente rebelle passionnée de hip-hop.

Sans rêves

Cette fois, c’est une critique acerbe de cette "Amérique pur sucre" mais sans rêves que nous propose la cinéaste, à travers les yeux d’une jeune adulte encore trop verte. De petits bourgeois-croyants pas franchement charitables, aux déshérités qui s’abattent, défoncés au crack, sur leur canapé et laissant leurs enfants à leurs sorts, en passant par des cowboys richissimes comme dénués d’humanité.
 
Mais passé ce constat-là, la bande originale tonitruante et éclectique, et la photographie lumineuse de ce film solaire, il n’y pas grand-chose à garder. L’entrée en scène furibarde achevée, c’est un road-trip où l’on tourne implacablement en rond qui nous est livré. On aurait préféré que le voyage s’arrête plus tôt.

LA FICHE

Drame de Andrea Arnold - Avec Shia LaBeouf, Sasha Lane et Riley Keough - Durée : 2h40.

Synopsis : Star, une adolescente, quitte sa famille dysfonctionelle et rejoint une équipe de vente d'abonnements de magazines, qui parcourt le midwest américain en faisant du porte à porte. Aussitôt à sa place parmi cette bande de jeunes, dont fait partie Jake, elle adopte rapidement leur style de vie, rythmé par des soirées arrosées, des petits méfaits et des histoires d’amour…