Cannes 2014 : "Welcome to New York", tout ça pour ça !

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 19/05/2014 à 14H47, publié le 18/05/2014 à 01H12
Gérard Depardieu dans "Welcome to New-York"

Gérard Depardieu dans "Welcome to New-York"

© June Project/LLC

Le film d'Abel Ferrara inspiré de l'affaire DSK a été présenté hier soir à Cannes et mis en ligne (en VOD) dans la foulée. Nous avons assisté à l'unique projection en salle… Bilan : très décevant !

La note Culturebox
1 / 5                  ★☆☆☆☆

Film d'Abel Ferrara - avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset et Drena De Niro - Durée : 2h00 - Sortie exclusivement en VOD : 17 mai 2014

Synopsis : Devereaux est un homme puissant. Un homme qui manipule au quotidien des milliards de dollars. Un homme qui contrôle la destinée économique des nations. Un homme gouverné par un irrépressible et vorace appétit sexuel. Un homme qui rêve de sauver le monde et qui ne peut se sauver lui-même. Un homme terrifié. Un homme perdu. Regardez-le tomber...
Drôle de soirée vraiment.  En limitant à 500 le nombre de places, les producteurs avaient savamment organisé la pénurie. Du coup, on se bat pour accéder à l'unique projection organisée en France. Deux heures d'attente sur le trottoir, devant le "Star", un petit cinéma cannois, devenu centre du monde du cinéma pour quelques heures. Les videurs qui laissent passer au compte-goutte… et ça y est, nous y sommes.

Et ça commence fort : Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset et Abel Ferrara viennent eux-mêmes lancer la séance. "J'adore tourner vite, rigole Depardieu. Et là, on l'a fait en 18 jours, c'était vachement bien !". 
Gérard Depardieu à la sortie de la projection de "Welcome to NY" à Cannes © BERTRAND LANGLOIS / AFP
Premières images, première impression dont on ne se débarrassera plus : c'est bâclé. Les 18 jours, on les sent bien. L'image est fade et il règne une grande impression d'improvisation. On passe alternativement du français à l'anglais sans raison, si ce n'est que les deux acteurs principaux parlent des langues différentes. Bisset en français, ça passe. Depardieu en anglais, c'est, comment dire, assez limité…
 
Ferrara démarre son film par une longue et très explicite démonstration : son personnage principal est un accro du sexe. Dans un hôtel subtilement nommé "Carlton", il enchaîne donc d'interminables scènes à la limite du porno, du sexe triste et rémunéré dans lequel Depardieu, spectaculairement nu, donne de sa personne, relevant les corsages, soulevant les jupes, tâtant cuisses et jarrets à la manière d'un maquignon… Et grognant en permanence, comme s'il voulait nous signifier "je suis un porc". On est à la limite du ridicule.
 
La scène de l'agression de la femme de chambre est du même tonneau. Deveraux (le nom dont Ferrera a affublé Depardieu) est une bête qui se rue sur tout ce qui bouge. Il se jette sur la jeune femme à la seconde où il l'aperçoit.
Gérard Depardieu dans "Welcome to New-York" d'Abel Ferrara © Wild Bunch Germany

Sans atteindre des sommets de subtilités, les scènes où Deveraux-Depardieu découvre la prison sonnent un peu plus juste. Il se dénude totalement à la demande des gardiens puis peine à enfiler ses chaussettes et ses nouveaux vêtements de détenu, gêné par son énorme ventre. A cet instant, on effleure sans doute le sentiment d'humiliation qu'a pu ressentir "l'original".
 
Faute d'une écriture sérieuse des dialogues, les échanges entre Simone (Jacqueline Bisset) et Deveraux sont interminables et vains. "Je l'ai pas fait" répète-t-il en anglais et en français sans convaincre son épouse. Laquelle est présentée, dès sa première apparition, comme "une grande amie d'Israël". Plus tard, son mari lui reproche une fortune acquise grâce aux agissements de sa famille durant la guerre. Des séquences qui ont amené certains à nourrir un soupçon d'antisémitisme à l'égard de ce film.  
 

Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset dans "Welcome to New-York" d'Abel Ferrara © Wild Bunch Germany

Le film s'étire laborieusement sur plus de deux heures. A l'improviste, des flashbacks ramènent à Tristane Banon et à d'autres épisodes… Dans sa dernière ligne droite, Ferrara fait philosopher Depardieu, qui passe en mode analyse : "C'est ma faute, mon esprit a été rincé par mes parents, mes professeurs (…) Non, pas de rédemption pour moi"…
 
Au bout du compte, on souffre pour le grand Gérard Depardieu de s'être laissé embarquer dans cette aventure bancale.