Cannes 2014 : "The Search", le silence d'un enfant dans le fracas de la guerre

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Publié le 21/05/2014 à 12H47
Bérénice Bejo dans "The Search" de Michel Hazanavicius

Bérénice Bejo dans "The Search" de Michel Hazanavicius

© © La Petite Reine / La Classe Américaine / Roger Arpajou

Michel Hazanavicius a pris le temps de digérer le triomphe planétaire de "The Artist". Et c'est avec un film de guerre qu'il arrive à Cannes. Certainement pas la guerre la plus médiatisée : celle de Tchétchénie. "The Search" est un film plein d'humanité qui a le grand mérite de lever le voile sur un conflit sur lequel les grandes nations occidentales ont pudiquement détourné le regard…

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

Réalisé par Michel Hazanavicius (France), avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Nika Kipshizde, Nino Kobakhidze - 2h40 - Sortie : 26 novembre 2014

Synopsis : Quatre destins que la guerre va amener à se croiser. Entre 1999 et 2000, lors du conflit opposant les Russes et les Tchétchènes, Carole, infirmière et membre d'une Organisation Non Gouvernementale, recueille un jeune enfant tchétchène. En parallèle, se déroule l'histoire d'un jeune soldat russe.

 Peu de films ont été réalisés sur le sujet. Soit deux fictions, "12" (2010) de Nikita Mikhalkov et "Alexandra" (2007) de Alexandr Sokurov, ainsi que trois documentaires.
C'est à un projet incroyablement compliqué que s'est attaqué Hazanavicius : reconstituer la guerre de Tchétchénie en Géorgie, avec quatre langues à l'écran (russe, tchétchène, anglais et français) et des comédiens étrangers…. autour d'un scénario inspiré d'un film américain de 1948, "Les anges marqués" ("The Search", avec Montgomery Clift) dont il a transposé l'intrigue sur cet autre conflit armé. Au final, le réalisateur français s'en sort avec les honneurs, sa reconstitution est tout à fait crédible.

La guerre, on y est, aucun doute. On la respire, la haine suinte. "Il n'y pas d'innocents tchétchènes" dit un soldat à propos de ces "culs noirs". Hazanavicius ne développe pas les raisons politiques du conflit mais il nous plonge dans le quotidien des déportés et des sacrifiés.
Détail de l'affiche de "The Search"
Dans ce bourbier, un enfant nous bouleverse. Hadji a vu ses parents se faire massacrer, il a fui avec son petit frère, un nourrisson. Désormais seul, il ne dit pas un mot. Bouille ronde, regard profond, le jeune Abdul-Khalim Mamatsuiev, un petit tchétchène lui-même orphelin de père, nous prend aux tripes.

Au même moment, un jeune homme russe se retrouve intégré de force dans l'armée, où il découvre toute la gamme des humiliations et du formatage. Maxim Emelianov est, lui aussi, très crédible dans ce rôle de militaire qui finit par se couler dans le moule et à vider sa Kalachnikov sur des Tchétchènes.
"Thes Search" de Michel Hanazaviciu

© La Petite Reine / La Classe Américaine / Roger Arpajou
Bérénice Bejo a ici un rôle moins "spectaculaire", militante des droits de l'homme dont l'idéalisme est balayé par la realpolitik européenne. Son personnage souffre parfois de traits exagérément naïfs dans un univers brutal et cynique. Son "duo" avec Hadji demeure néanmoins très touchant.

"The Search" est un long film, 2h29. On peut considérer qu'un montage plus serré lui aurait fait gagner du rythme, notamment dans sa dernière partie. Mais Michel Hazanavicius revendique ce format : "Les séries télé ont atteint une telle qualité d'écriture, de jeu et de mise en scène que le cinéma est obligé d'aller voir ailleurs. Les films de 1h30 sont condamnés à l'allégorie. (…) Il m'a donc semblé que 2h30 était une bonne durée pour parler d'une guerre que personne ne connaît".