Cannes 2014 : "Mommy", le magicien Xavier Dolan a encore frappé

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 22/05/2014 à 00H52, publié le 21/05/2014 à 23H05
Antoine-Olivier Pilon dans "Mommy" de Xavier Dolan

Antoine-Olivier Pilon dans "Mommy" de Xavier Dolan

© Shayne Laverdiere

Dolan, 25 ans, confirme à Cannes son invraisemblable talent. Vous avez aimé "Tom à la ferme" ? Vous adorerez "Mommy", 2h15 de rires et de larmes, un bijou de sensibilité et de créativité. Toutes les qualités requises pour une Palme d'Or…

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

De Xavier Dolan (Canada/France), avec : Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément - 2h14 - Sortie non programmée

Synopsis : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent profondément turbulent. Ensemble, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de la mystérieuse voisine d’en face, Kyla.
Anne Dorval dans "Mommy" de Xavier Dolan

Anne Dorval dans "Mommy" de Xavier Dolan

© © Shayne Laverdiere

Rire. Pleurer. Apprendre. Etre surpris, prendre du plaisir, être gagné par l'émotion. Un grand film, c'est tout ça, et ce n'est que ça. Et Xavier Dolan réussit à nous offrir la panoplie complète. Chapeau, l'artiste.

Ce qu'on remarque d'abord dans "Mommy", c'est son format. Chez Mathieu Amalric (dans "la Chambre Bleue"), l'image était carrée. Ici, elle pousserait plutôt vers un léger rectangle dans le sens de la hauteur. On comprendra peu à peu ce choix, qui incarne la contrainte, la rudesse d'une existence qui écrase. Dans une scène magique, l'image deviendra plus tard panoramique.

Steve (Antoine-Olivier Pilon, époustouflant) est un ado insupportable, agité, malade, qui ne tient pas en place, et dont les crises sont terrifiantes. Mais il est aussi un enfant touchant, intelligent, capable de délicatesse, qui ne cesse d'envoyer de l'amour à ceux qui le respectent, sa mère évidemment – extraordinaire Anne Dorval – et sa voisine, elle-même abîmée par la vie, qui le comprend sans doute mieux que quiconque.  Tel un drogué, Steve rechute, se bat contre lui-même et s'enfonce un peu plus à chaque sortie de route.

"Mommy" est un film dur, cru, son sujet est grave, mais on y rit énormément. Les nuages de plus en plus noirs qui flottent au dessus du trio n'empêchent pas les fou-rires, les dialogues et les formules désopilantes. Même les scènes d'explosion de violence (celle du taxi, par exemple) provoquent d'intenses vagues de rire dans la salle.
 

Xavier Dolan © Shayne Laverdiere

Touche à tout génial, Xavier Dolan est encore au four et au moulin dans ce film : réalisateur, scénariste et monteur. A la différence de "Tom à la ferme", il ne joue pas mais excelle dans la direction d'acteurs. On oublie vite avoir affaire à des comédiens, tant leur jeu est juste. 

Le "Mommy" de Xavier Dolan mérite de ne pas repartir bredouille de Cannes. Pour tout dire, il ferait une excellente Palme d'Or.